‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 501 sur 744 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

et la jiislice, pondard cdrouté, nie va l'aire raison de Imit.

VALÈRE. — Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souihir toutes les violences qu'il vous plaira; mais je vous prie de croire, au moins, que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre Mlle en-tout ceci n'est aucunement coupable.

HARPAGON. — Je le crois bien, vraiment ; il serait fort étrange que ma fille eût trempé dans ce crime. Mais je veux ravoir mon atl'aire', et que tu me confesses en quel endroit tu me l'as enlevée.

vALÈisE. — Moi? je ne l'ai point enlevée, et elle est encore chez vous.

HARPAGON. — 0 ma chère cassette ! Elle n'est point sortie de ma maison?

VALÈRE. — i\on, Monsieur.

UARPAGON. — Hé ! dis-moi donc un peu: tu n'y as point touché ?

VALÈRE. — Moi, y toucher? Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.

UARPAGON. — Brûlé pour ma cassette !

vALÈiiE. — J'aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante : elle est trop sage et honnête pour cela.

HARPAGON. — Ma cassette trop honnête !

VALÈRE. — Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.

HARPAGON. — Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'elle comme un amant d'une maîtresse.

1. Mon affaire. On a fait observer que le mot était impropre et ne pouvait plus prolonger le quiproquo, sur lequel repose le comique de cette scène; mais il est naturel que Valère et Harpagon, s'obstinant chacun dans leur erreur, ne relèvent pas les premiers indices qui pourraient les désabuser.

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vAi.KiiK. — Daino Chiudo, Monsieur, sait la vérité de cette aventure, et elle vous peut rendre témoif^naf^e....

iiAïu'Afiox. — Quoi! ma servante est complice de i'aflaiiv'.

vAifiii:. — (lui, Mon>i('ni-, eilc! a été témoin d(; notre eni;a^('nii'nl ; cl c'esl après avoir connu l'honnêteté de ma (lauunc, (luCllc; m'a aidé à persnad(;r votre lille de Mil' donner sa loi, et recevoii" la mienni'.

iiAi;i'A(;oN. — Kli ! Est-ce que la peur de la justice le l'ait extravaguer? One nous hrouilles-tu ici de ma fille?

vAi-ÈRK. — Je dis, Monsieur, cpie j'ai eu toutes les peines du monde à l'aire consentir sa pudeur à ce que voulait mon amour.

UAUPAcoN. — La pudeur de qui?

vAi.Èp.K. — De votre lille; et c'est seulement depuis hier qu'elle a pu se résoudre à nous signer mutuellement une promesse de mariage.

HARPAGON. — Ma lille t'a signé une promesse de mariage']

vALiîP.E. — Oui, M(insieiu% comme de ma part je lui en ai signé une.

HARPAGON. — 0 Ciel! autie disgi'àce !

MAÎTRE JACQCES. — Écrivcz, Monsicur, écrivez.

HARPAGON. — Uengrégement ' de mal ! surcroit de désespoir ! Allons, Monsieur, faites le dû de votre charge, et dressez-lui-moi son procès, comme larron, et comme suborneur.

VALÈRE. — Ce sont des noms qui ne me sont point dus; et (piaud on saura qui je suis....

I. liriifii-rfirmi'iil. augmentation, redoublement. Ce mot cominençail à vieillir aii t»Miii)s de Molière. Mais ces archaïsmes de langage ne sont pas déplacés clans la bouche d'Harpagon qui retarde sur la mode. On trouve le veibo renqrégpr dans Malherbe : « Le déplaisir du médecin qui voit renqri'grr une maladie >.. (Lc/Z/rii 3/. rff Bclli'gnrdi', août 1621.)

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