‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 502 sur 744 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ÉLISE, MARU^E, FROSI.NE, HARPAGON, VALÈRE, JIAITRE JACQUES, LE COMMISSAIRE, SON CLERC.

UARPAGON. — Ah ! lillo scélérate ! fille indigne d'nn père comme moi ! c'est ainsi que tu pratiques les leçons que je t'ai données? Tu te laisses prendre d'amour pour un voleur infâme, et tu lui engages ta loi sans mon consenlemeut? Mais vous serez trompés l'un et l'autre. Quatre bonnes murailles me répondront de ta conduite ' ; et une bonne potence, pendard etlronlé, me fera raison de ton audace.

vALÈKE. — Ce ne sera point votre passion qui jugera l'alTaire, et l'on m'écoutera, au moins avant de me condamner.

HARPAGON. — Je me suis abusé de dire une potence*, et tu seras roué tout vil'.

ÉLISE, à genoux devant son père. — Ah! mon père, prenez des sentiments un peu plus humains, je vous prie, et n'allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel'. Ne vous laissez point entraîner

On lit aussi dans La Fontaine :

Chacun rendit par là sa douleur reri/jréijér.

{La Matrone d'Èjfhèse.) Mais on sait que La Fontaine, pour donner à ses poésies un certain air de naïveté, airccte les expressions arcliaïiiues.

1. Quatre bonnes vmrailles : Harpagon se propose de mettre Elise au couvent; tel est le châtiment dont Arnolphe (l'École des femmes, V, v) et Argan (le Malade imaijinaire, II, vi) menacent les jeunes lilles qui se révoltent contre leur autorité.

2. Ici Harpagon, égaré par la colère, menace Valère de cliàtiments infâmes, dont il est exempté par sa condition : la |iotence et la roue étaient réservées aux roturiers et aux voleurs de grand chemin.

3. Pousser, porter les choses aux dernières violences du jiouvoir paternel.

(il 2 L'AVARE

aux premiers mouvements de votre passion, et donnezvous le temps de considérer ce que vous voulez l'aire. Prenez la peine de mieux voir celui dont vous vous olïensez' : il est tout autre que vos yeux ne le jugent; et vous trouverez moins étrange que je me sois donnée à lui, lorsque vous saurez que sans lui vous ne m'auriez plus il y a longtemps. Oui, mon père, c'est lui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que ^ je courus dans l'eau, et à qui vous devez la vie de cette même fdle dont

HARPAGON. — Tout Cela n'est rien ; et il valait bien mieux pour moi qu'il te laissât noyer que de faire ce qu'il a fait.

ÉLISE. — ^Mon père, je. vous conjure, par l'amour paternel, de me....

iiAiiPAGON. — Non, non, je ne veux rien entendre ; et il faut que la justice fasse son devoir.

MAÎTRE JACQUES, à part. — Tu lue pavoras mes coups de bâton !

FROsiNE, il pnri. — Voici un étrange embarras.

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