‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 580 sur 744 · ACTE IV. SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE II

sœur? Jo viens do voir un théàlro' là-bas, ol je vois ici un l);iiii|nel à faire noces. Voilà comme vous dépensez votre liicii, et c'est ainsi que vous feslinez- les dames en mou alisence, et que vous leur donnez la musique et la comédie, tandis que vous m'envoyez promener?

DOUANTK. — Que voulez-vous dire. Madame Jourdain? et quelles fantaisies sont les vôtres, de vous aller mettre en léle que votre mari dépense son bien, et que c'est lui qui donne ce régal à Madame? Apprenez que c'est moi. je vous prie; qu'il ne fait seidemeut (pie me |)ièter sa maison, et que vous devriez un peu mieux regarder aux choses que vous dites,

MONSIEUR joLP.DAiN. — Oui. impertinente, c'est Monsieur le (iomie qui donne tout ceci à Madame, qui est une personne de qualité. Il me fait l'honneur de prendre ma maison, et de vouloir que je sois avec lui.

MADAME joi'RDAiN. — Oc sout (Ics cliaiisous quc Cela : je sais ce que je sais.

DORANTE. — Prenez, Madame Jourdain, prenez de meilleures lunettes.

MADAME jorr.DAiN. — Je n'ai (|ue faire de hineltes, Monsieur, et je vois assez clair; il y a longtemps que je sens les choses, et je ne suis pas une bête. Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de prêter la main co:^^' le vous faites aux sottises de mon mari. Ft vous. Madame, pour une grand' Dame, cela n'est ni beau ni honnête à vous, de mettre de la dissension dans un ménage, et de soulTiir que mon mari soit amoureux de vous.

noRiMi^^NE. — Que veut donc dire tout ceci ? Allez, Dorante.

1. Un Ihriilrr. coliii que Coviellc fait dresso." pour la rocoption de M. Jourdain en t|uaiitt' de iiiaiiiainonclii. •-

-2. Voux ffstinr:-, vous l'ètpz, recevez à diner : ce verhc est plutôt em- |iloyi- neutralement, comme dans ce vers do La Fontaine :

Il vient, l'on festine. l'on manpe.

(Fables, 1,14.)

vous vous moquez, de in'exposer aux sottes visions fie celle extravagante.

DORAXïE. — Madame, liolà ! Madame, où courez-vous ?

jioNsiEiR joip.DAix. — Madame ! Monsieur le Comte, faiteslui excuses, et tâchez de la ramener. Ah ! impertinente que vous èles ! voilà de vos beaux faits; vous me venez faire des afTronls devant tout le monde, et vous chassez de chez moi des personnes de qualité.

MADAME JOURDAIN. — Je uie uioquc de leur qualité.

MONSIEUR JOURDAIN. — Je ue sais qui* me tient, maudite, que je ne vous fende la tête avec les pièces du repas que vous êtes venue troubler. (On 6te la table.)

MADAME JOURDAIN, .sortant. — Je me uioque de cela. Ce sont mes droits que je défends, et j'aurai pour moi toutes les femmes.

MONSIEUR JOURDAIN. — Vous faites bien d'éviter ma colère. Elle est arrivée là bien malheureusement. J'étais en humeur de dire de jolies choses, et jamais je ne ni'étais senti tant d'esprit. Qu'est-ce que c'est que cela?

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