ACTE IV, SCÈNE III
il me dit : Acciam croc soler ouch alla moustaph (lidelmn amanahem varahini oussere curbidalh^, c'est-à-dire : (( N'astu point vu une jeune belle personne, qui est la fille de .^lonsieur Jourdain, genlilhouunc parisien?»
.MONSIEUR JOCRDAi.N. — Le fils du Grand Turc dit cela de moi?
coviELLE. — Oui. Comme je lui eus répondu que je voub connaissais particulièrement, et que j'avais vu voire fille: (( .\h ! me dit-il, marahaha sahevi; » c'est-à-dire: o Ah! que je suis amoureux d'elle ! »
MONsnuR JoruDAiN. — Mavahaba solicm veut dire « Ah! que je suis amomeux d'elle » ?
coviEi.i.E. — Oui.
MONsiEiu joLP.DAix. — Par ma foi ! vous faites bien de me le dire, car pour moi je n'aurais jamais cru que marababa sahcm eût voulu dire : (( Ah ! (jne je suis amoureux d'elle ! )) Voilà une langue admirable que ce turc !
coviEi.LE. — Plus admirable qu'on ne peut croire. Savezvous liien ce que veut dire cacaracainouchcn?
MONsiEiu JoiiuiAiN. — Cacaracamouciien ? }\an.
coviEi.i.E. — ('."est-à-dire « Ma chère àme ».
sioNsiEiu joLiiDAi.N. — Cacarctcainouclieii veut dire « Ma chère àme » ?
coviEi.i.E. — Oui !
MONsiELu joLUDAiN. — Voilà qui est merveilleux ! Cocaracamouchen, « Ma chère àme ». Dirait-on jamais cela? Voilà qui me confond.
COVIELLE. — Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariaL^e; et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il v(miI vous faire Mama- 'iouclii, qui- est une certaine graude dignité de son pays.
1. Le turc de fantaisie que parle ici Coviolle n'est qu'un assemblage .11' sons dénués de sens.
2. Mamamouchi, dignité imnprinée par Molière; mais le mot a fait fortune, et a été bien souvent employé pour designer de hauts fonctioa-
MO.NSiEun JOURDAIN. — Mdmamouchi?
C0V1EI.LK. — Oui, Mamanwuchi ; c'cst-à-diro, en noire langue, Paladin. Paladin, ce sont de ces anciens.... Paladi-n enfin. 11 n'y a rien de plus nohle que cela dans le iiHinde, cl vous iiez de pair avec, les plus grands Seigneurs de la terre.
MONSIEUR JOURDAIN. — Le llls (lii Guaud Turc m'honore beaucoup, et je vous prie de inc mener chez lui pour lui en aire mes reniercîinents.
coviELLE. — Comment? le voilà qui va venir ici. MONSIEUR JOURDAIN. — Il va vcuir ici?
COVIELLE. — Oui ; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.
MONSIEUR JOURDAIN. — Voilà qui est bien prompt. COVIELLE. — Son amour ne peut soulïiir aucun retardement.
MONSIEUR JOURDAIN. — Tout cc qui m'embarrassc ici, c'est que ma fille est une o))iniàtre, cpii s'est allée mettre dans la tête un certain Cléonte, et elle jure de n'épouser personne que celui-là.
COVIELLE. — Elle changera de sentiment quand elle verra e fils du Grand Turc; et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse, c'est que le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près. Je viens de le voir, on me l'a montré ; et l'amour qu'elle a pour l'un, pourra passer aisément à l'autre, et.... Je l'entends venir : le voilà.