Art poétique, cli. m
d'avoir ]>rof;iii('' ])ai' certaines trivialih's l'œuvre élégante du poète latin, et davoir, comme il le dit lui-même, « allie sans lioate Térence à Tabarin' ». Mais l'auteur de l'Art poàlique voulait-il donc que Molière se résignât au rôle de traducteur? Et si le poète français a légitimement voulu faire une œuvre originale, ne devait-il pas chercher à renouveler le sujet qu"il empruntait à Térence en y mêlant un peu de verve gauloise? N'était-ce pas le moyen le plus sûr d'échapper au plagiat? Ce doi'iiier reproche n'a cependant pas été épargné à Molière. 11 est certain que la scène si plaisante de la galère turque^ a été empruntée par Molière au Pédant joué, de Cyrano de Bergerac^. Si nous en croyons Grimarest, Molière justifiait ce larcin en disant : « Il m'est permis de reprendre mon bien où je le trouve ». Le grand comique pensait sans doute que les idées scéniques forment une sorte do trésor commun, où peuvent librement puiser les auteurs : l'originalité consiste moins à les inventer, qu'à leur domier par une habile mise en œuvre tout leur lustre et toute leur portée. A ce compte Molière honorait un Cyrano de Bergerac en lui dérobant une idée ingénieuse et féconde sans doute, mais perdue dans vme œuvre médioci'e. Loin de se plaindre, Cyrano n'eût dû que se féliciter d'avoir été pris pour collaborateur par l'auteur d.os Fourberies de Scapin. On pouvait supposer qu'en écrivant cette joyeuse comédie, Molière avait flatté le goût populaire, pour encaisser de fructueuses recettes. Dans ce cas l'événement eût déjoué ses calculs : en effet, les Fourberies de Scapin n'eurent du vivant do leur auteur qu'un petit nombre de représentations-
1. Tdlinrin, côlèlirc Ji.'itoloin- du xvu' siècle, qui débita long'teiiij)S scf quûlitiets grossiers sur h; Pont-Neuf.