‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 614 sur 744 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

scAPiN. — Je ne sais pas s'il a cette pensée; mais il ne veut point consentir aux deux cents pistoles que vous voulez, et il dit que c'est trop.

svLVESTUE. — Par la mort ! par la tële ! par le ventre ! si \ je le trouve, je le veux échiner, dussé-je être roué tout vil".

(ArganLe, pour n'ùlio point vu, se lient en tremblant couvert de Scapin.)

scAHiN. — Monsieur, ce père d'Octave a du cœiu-, et peutêtre ne vous craindra-l-il point.

sYLVESïiiE. — Lui? lui? Parle sang! parla tète ! s'il était là, je lui donnerais tout à l'heure de l'épée dans le ventre. (Apercevant Argante.) Qui est cet homme-là ?

scAi'iN. — Ce n'est pas lui. Monsieur, ce n'est pas lui.

sYi.vKSTiiE. — N'est-ce point quelqu'un de ses amis ?

scAi'i.N. — Non, Monsieur, au contraire, c'est son ciincnii capilal.

SYLVESTRE. — Son eniicnii capital?

scAi'ix. — Oui.

SYLVESÏIIE. — Ah ' parbleu, j'en suis ravi. (A Argante.) Vous êtes ennemi, Monsieur, de ce l'aiiuin d'Argante, eh?

scAHN. — Oui, oui, je vous en réponds.

SYLVESTRE, lui prend rudement la main. — Touchez là, louchez. Je vous donne ma parole, et vous jure sur mon honneur, par l'épée que je porte, par tous les serments que je saurais faire, qu'avant la lin du jour je vous déferai de ce maraud fu>fie, de ce faquin d'Argante. Reposez-vous sur moi.

scAiix. — Monsieur, les violences en ce pays-ci ne sont guère souffertes.

SYLVESTRE. — Jc uic uioque de tout, et je n'ai rieii à pi'idre.

-■cA.'i.v. — Il se tiendra sur ses gardes, assurément; et il a des parents, des amis et des domestiques, dont il se fera un secours contre votre ressentiment.

SYLVESTRE. — C'cst cc quo je demande, moriileu ! c'est ce que je demande, (ll mot Icpte à la main, et pousse de tous les

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coh's, comme s'il y avait plusieurs personnes devant lui.) Ah, tête !

ah, ventre ! Que ne le trouvé-je à cette heure avec tout son secours ! Que ne parait-il à mes yeux au mihcu de trente personnes ! Que ne les vois-je fondre sur moi les armes à la main! Comment, marauds, vous avez la hardiesse de vous attaquer à moi? Allons, morbleu! tue. Point de quaitier. Donnons. Ferme. Poussons. Bon pied, bon œil. Ah ! coquins, ah ! canaille, vous en voulez par là ; je vous en ferai tàler votre soûl. Soutenez, marauds, soutenez. Allons. A cette botte. A cette autre. A celle-ci. A cclle-ià. Comment, vous reculez ? Pied ferme, morbleu ! pied ferme.

scAPiN. — Eh, eh, eh ! Monsieur, nous n'en sommes pas.

sYr.YESTUE. — Voilà qui vous apprendra à vous oser jouer à moi.

sc.vi'ix. — Hé bien , vous voyez combien do personnes tuées pour deux cents pistoles. Oh sus ! je vous souhaite une bonne fortune*.

ARGANTE, tout trcmlilant. — Scapin.

SCAPIN. — Plait-il ?

Ar.GANTE. — Je me résous à donner les deux cents pistoles.

SCAPIN. — J'en suis ravi pour l'amour de vous.

Ar.GANTE. — Allons le trouver, je les ai sur moi.

SCAPIN. — Vous n'avez qu'à me les donner. 11 no faut pas pour votre honneur que vous paraissiez là, aitrés avoir passé ici pour autre que ce que vous êtes; et de pins, je craindrais qu'en vous faisant connaître, il n'allât s'aviser de vous demander davantaoe.

ARGANTE. — Oui ; inais j'aurais été bien aise de voir comme je donne mon argent.

SCAPIN. — Est-ce que vous vous défiez de moi ?

ARGANTE. — Nou pas ; mais....

SCAPIN. — Parbleu, Monsieur, je suis un fourbe, ou je suis honnête homme : c'est l'un des deux. Est-ce que je

1. Bonne piriimc, bonne chance : je vous souliaitc île vous tirer Jii danger dunt vcius menace la cdlcrc de ce s|)adassin.

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