‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 64 sur 744 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

MASCAUiLLE. — C'cst CG (jui fait que je veux pendre Tépée au ci'oc.

cATHos. — Pour moi, j'ai un furieux tendre pour les hommes d'épée.

MAGDELox. — Je les aime aussi; mais je veux que l'esprit assaisonne la bravoure.

MAscARiLLE. — Tc souvieul-il. Vicomte, de cette demilune que nous emportâmes sur les ennemis au siège d'Arras*?

joDELET. — Que veux-fu dire avec ta demi-lune'? C'était liien une lune tout entjère*.

MASCARILLE. — Je pcusc que tu as raison.

JODELET. — Il doit bien m'en souvenir, ma foi ; j'y fus blessé à la jambe, d'un coup de grenade, dont je porte encore les marques. Tàtez un peu, de grâce ; vous sentirez quelque coup, c'était là.

cATHos. — 11 est vrai que la cicatrice est grande.

MASCARILLE. — Donnez-inoi un peu votre main, et tàtez celui-ci, là, justement au derrière de la tète : yètes-vous'?

MAGDELOX. — Oui i je scus quelque chose.

MAscARu-LE. — C'est UH coup de mousquet que je reçus la dernière campagne que j'ai faite.

JODELET. — A'oici vm autre coup qui me perça de part en part à l'attaque de Gra vélines 3.

1. M. Despois pense, avec raison croyons-nous, qu'il s'agit ici non pas du siège d'Arras investi, en lGo4, par l'armée espagnole que commandait le prince de Condé, mais de celui de 16i0, qui nous rendit maîtres de cette ville : une allusion à cette guerre civile, que tout le monde s'efTorçait d'oublier, eut été une maladresse fâcheuse.

2. On appelle demi-lune une fortification formant un angle aigu saillant, dont la partie intérieure était tournée en arc, comme un croissant. Molière s'est emparé d'un mot que Tallemant des Réaux (Historiettes^ t. IV) prête au marquis de IVesle ; comme on lui proposait de faire une demi-lune : « Messieurs, dit-il, ne faisons rien à demi pour le service du roi ; faisons-en une tout entière ».

3. Grnvelinrs : en lGo8, le maréchal de la Ferté avait pris Gravelines sur les Espagnols. Cette place leur avait été aussi enlevée en 16ii, et

MASGARILLE, meltanl la main sur le bouton de son haut-de-chausses. — Je vais vous montrer une furieuse plaie.

MAGDELON. — Il n'est pas nécessaire : nous le croyons sans y regarder.

MAscARiLLE. — Cc sout des uiarqucs honorables, qui toni

voir ce qu'on est*.

CATUos. — Nous ne douions point de ce que vous êtes.

MAscAuiLLE. — Yicouite, as-lu là ton carrosse?

joDELET. — Pourquoi?

MASCARILLE. -Nous niènerious promener^ ces Dames liors des portes, et leur donnerions un cadeau-.

M^GDELox. — Nous ne saurions sortir aujourd'hui.

MASCARILLE. — AyoHS douc les violons pour danser.

JODELET. — Ma foi, c'est bien avisé.

MAGDELON. — Pour Cela, nous y consentons; mais U laul donc quelque surcroît de compagnie.

MASCARILLE. - Holà ! Champagne, Picard, Bourguignon, Casquaret, Basque, la Verdure, Lorrain, Provençal, la Violette' Au diable soient tous les laquais! Je ne pense pas qu'il y ait gentilhomme en France plus mal servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul.

MVGDFLON. - Ahnauzor, dites aux gens de Monsieur qu'ils aillent quérir des violons, et nous faites venir ces

c'ct à celle première affaire que fail allusion Jodelct, si Ton admet, ivorM DesDois qu'il évite de parler des dernières guerres. "rMaSu^e^Jodelet appl^uent >f "--^ J^t S ^l^^ r dans le Menleiir; ils savent que, pour plaire aux belles, il faut se posci -n homme de guerre :

Étaler force mots qu'elles n'entendent pas, Faire sonner Lamboy, Jean de \ert et Gala. Nommer quelques cbàteaux, de qui 1^^ nom, bai b.u .^s, Plus ils blessent l'oreille, cl plus leur semblent rares. Avoir toujours en bouche anqles, lignes, fosses, Vedette, contrescarj^e et travmtx avances.

' (Acte I, se. vi.)

2. Cadeau, fêle, collation offerte aux dames, principalement à la campagne.

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