‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 651 sur 744 · ACTE TT. SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE TT. SCENE VII

Kilo accommode mal les noms avec les verbes, Il redise cent fois un bas ou méchant mol, Hue de briller ma viande, ou saler trop mon pot. Je vis de bonne soupe, et non de beau langage. VaiiLTcias n'apj)rend point à bien faire un potage; Va Malhoibe et Balzac', si savants en beaux mots, En cuisine peut-être auraient été des sots.

PlllLAMlNTE.

<jue ce discours grossier terriblement assomme ! Va quelle indignité pour ce qui s'appelle homme D'être baissé sans cesse aux soins matériels, Au lieu de se hausser vers les spirituels ! Le corps, cette guenille, est-il d'une importance, D'un prix à mériter seiileinent qu'on y pense. Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin"?

CUr.YS.VLE.

Oui, mon corps est moi-même, et j'en veux prendre soin : Guenille si l'on veut, ma guenille m'est chère.

liÉl.lSE.

Le corps avec l'esprit fait ligure-, mon frère; Mais si vous en croyez tout le monde savant. L'esprit doit sur le corps prendre! le pas devaiil^;

1. Os deux auteurs avaient successivement réformé la poésie et la jirose dans les premières années du xvii* siècle; tous les deux avaient montré un purisme parfois intolérant, et le premier, au dire de Boileau, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.

i. Fait figure : on peut accorder au corps quelque prix quand il est joint à l'esprit, mais par lui-même il ne saurait avoir aucune valeur propre; Bélise et Philamintc professent dans toute son intransigeance orgueilleuse la philosophie spiritualiste.

3. L'esprit doit toujours être plus estimé que le corps et passer avant lui. comme un grand seigneur entre avant un gentilhomme de moindre importance. On sait quelle était au xvii' siècle la gravité des questions de préséance, qui ont donné lieu à ces locutions : avoir le pas sur quelqu'un, céder le pas, etc.

Et notro plus grand soin, notre première iuslance, Doit être à le nourrir du suc de la science.

Ma foi! si vous songez à nourrir votre esprit, C'est de viande bien creuse*, à ce que chacun dit, Et vous n'avez nul soin, nulle sollicitude Pour....

PHILAMINTE

Ah ! sollicitude^ à mon oreille est rude : Il put^ étrangement son ancienneté.

BÉLISK.

11 est vrai que le rnot est bien collet monté*.

CUrtVSALE.

Voulez-vous que je dise? il faut qu'enfin j'éclate,

Que je lève le masque, et décharge ma rate :

De folles on vous traite, et j'ai fort sur le cœur....

l'UlLA.MlNTE.

Comment donc ?

CHRYSALE

C'est à vous que je parle, ma sœur.

Le moindre solécisme ^ en parlant vous irrite; Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite. Vos livres éternels « ne me contentent pas,

1. viande, aliment, nourriture : on dit viande creuse par opposition à une nourriture solide et substantielle.

2. Le mot sollicitude est très ancien : on ne sait par quel scrupule de purisme il scandalise les deux précieuses, ayant été employé par les meilleurs auteurs.

5. Put, du verbe /(«//•; la forme /;(/er est modej-ne. L La mode des collets montés sur fil de 1er, pour les tenir plus raides, était passée depuis longtemps.

î>. Solécisme est pris ici dans le sens général de faute. G, Lternels, que vous avez sans cesse entre les mains.

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