‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 652 sur 744 · ACTE II. SCÈNE YII · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE YII

Kl hors un gros Plularque à metlre mes rabats'.

Vous devriez brûler tout ce meuble- inutile,

l'"t laisser la science aux docteurs de la ville ;

Muter, pour faire bien, du grenier de céans

(.et II' lungue lunette à faire peur aux gens.

Kl cent l)riinborions dont l'aspect iniportune ;

Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune,

Kt vous mêler un peu de ce qu'on fait chez vous,

Oii nous voyons aller tout sens dessus dessous.

Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,

(Ju'une femme étudie et sache tant de choses.

KiMinor aux bonnes manu's l'esprit de ses enfants,

Kaire aller son ménage, avoii' l'œil sur ses gens,

Kl régler la dépense avec économie,

Itoit être son élude et sa philosophie. *.

Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés,

Qui disaient (pi'une fenmie en sait toujours assez

Quand la capacité de son esprit se hausse

A coiuiaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse'.

Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ;

K(>urs ménages étaient tout leur docte entretien,

Kt leurs livres un dé, du lil et ties aiguilles,

1. I.o rabat était une pièce de toile fine et empesée, parfois garnie de dentelles, qui tombait sui- la poitfine. Pour éviter de chillonner sus rabats, Chrysale les mettait donc entre les l'ouillets d'vm lourd volume de Plutarquo. Molière s'est souvenu ici de Furetière, qui, dans son H'jmiin boiirqeois, nous montre un ignorant demandant à un libraire un livre, n'importe lequel, pourvu qu'il soit gros : < Dites-moi, demande le libraire, à quoi vous voulez vous en servir? — C'est à mettre en presse mes rabats. »

2. Meuble est pris ici dans son sens le plus étendu et désigne tons les accessoires scientifiques dont la maison est encombrée, cartes, globes, livres, etc.

5. C'est la réponse que fil un duc de Bretagne à ceux qui lui représentaient que sa future était illettrée : « Une femme est assez savante, dit-il. quand ille sait mettre différence entre la chemise et le pourpoint de son mari ». (Rapporté par Montaigne, Essais.

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