‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 677 sur 744 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

VADRS.

Il <ians les ]»ou(s-riiiiés ' jo vous trouve adorable.

IT.ISSOTIN.

Si la France pouvait coniioifre votre prix,

VADILS.

Si le siècle rendait justice aux beaux esprits.

TRISSOTIN

En carrosse doré vous iriez par les rues.

VADILS.

On verrait le public vous dresser des statues. Ilom! C'est une ballade, et je veux que tout net Vous m'en....

TRISSOTIN

Avez-vous vu certain petit sonnet Sur la fièvre (|ui tient la princesse Uranie?

VADIUS

Oui, liier il me l'ut lu dans nue compagnie.

TRISSOTIN

A'ous en savez l'auteur?

VADirS.

Non ; mais je sais fort bien Qu'à ne le point llatter son sonnet ne vaut rien-.

1. Boiils-riinés. |)ioces de vers dont les rimes sont imposées;! l'avance.

2. Molière n'est, au dire des contemporains, qu'un historien fidèle, quand il nous montre Cotin et Ménag'c échangeant de dures vérités dans le style le plus grossier. Des altercations de ce genre avaient éclaté à plusieurs reprises entre ces deux heaux esprits. 11 leur est même arrivé de se poursuivre d'épigrammes et de pamphlets. Dans l'un d'eux, la Ménagerie. Cotin n'épargne pas les injures les plus violentes à son rival. Ce qui appartient à Molière, c'est l'idée fort comique d'avoir fait iirécéder cet écjiange d'invectives d'un assaut d'éloges.

su LES FEMMES SAVANTES.

TRISSOTIN

lîi'aucoup do gons pourtanl le Irouveiil admirable.

VADIUS

Cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable; Kt, si vous l'avez vu, vous serez de mon goût.

TRISSOTIN

Je sais que là-dessus je n'en suis point du tout, Et que d'un tel sonnet peu de gens sont capables.

VADIL'S.

Me préserve le Ciel d'en faire de semblables !

TRISSOTIN

Je soutiens qu'on ne peut en faire de meiWeur; Et ma grande raison, c'est que j'en suis l'auteur.

VADIUS

Vous !

TRISSOTIN

Moi.

VADIUS

Je ne sais donc comment se fit l'affaire.

TRISSOTIN

C'est qu'on fui malheureux de ne pouvoir vous plaire.

VADIUS

Il faut qu'en écoutant j'aye eu l'esprit distrait, Ou bien que le lecteur m'ait gâté le sonnet. Mais laissons ce discours et voyons ma ballade.

TRISSOTIN

La ballade, à mon goût, est une chose fade.

Ce n'en est plus la mode; elle sent son vieux temps*.

1. Bnlldde : chanson avec refrain, qui se comjwsait ordinairemen de trois couplels el d'un antre plus court appelé envoi. Trissotin a rai

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