ACTE III, SCÈNE VI
ARMANDE
Si l'hymen, coinino à vous, me paraissMit charmant. J'accepterais votre oflre avec i^avissement.
' HEMUETTE.
Si j'avais, comme vous, les pédants dans la tète, Je pourrais le trouver un parti fort honnête.
ARMANDE
Cependant, bien qu'ici nos goûts soient difTérents, Nous devons obéir, ma sœur, à nos parents: Une mère a sur nous une entière puissance, Et vous croyez en vain par votre résistance....
SGKNE YI
CIIRYSALE. ARISTE, CLITA^DRE, HENRIETTE, ARMA.M)E.
CHRYSALE
Allons, ma fdle, il faut approuver mon dessein: Ofez ce gant'; touchez à Monsieur dans la main, Et 11' considérez désormais dans votre âme En homme dont je veux cjue vous soyez la femme.
ARMANDE
De ce côté, ma sœur, vos penchants sont fort grands.
HENRIETTE
Il nous faut obéir, ma sœur, à nos parents: Un père a sur nos vœux une entière puissance.
ARMANDE
Une mère a sa paît à notre obéissance.
1. Olet ce gant : M. Livet cite un ancien Manuel de la civilUé qi'.i prescrit de retirer le gant « quand on touciie dans la main ». C'est à cet usage que se conlbrme Chrysale.
CHRYSA.LE.
Qu'est-ce à dire?
ARMANDE
Je (lis que j'appréhende fort Qu'ici ma mère et vous ne soyez pas d'accord; Et c'est un autre époux....
CHliYSALE.
Taisez-vous, péronnelle M Allez philosopher tout le soûl avec elle, El de mes actions ne vous mêlez en rien. Dites-lui ma pensée, et l'avertissez bien Qu'elle ne vienne pas m'échauffer les oreilles: Allons vite.
ARISTE
Fort bien-: vous faites des merveilles.
CLITANDRE
Quel transport ! quelle joie! ah! que mon sort est doux!
CHRYSALE
Allons, prenez sa main, et passez devant nous, Menez-la dans sa chambre. Ah, les douces caresses! Tenez, mon cœur s'émeut à toutes ces tendresses, Cela regaillardit tout à fait mes vieux jours. Et je me ressouviens de mes jeunes amours.
1. Péronnelle. Ce mot, qui a aujourd'hui un sens très injurieux, semble désigner simplement ici une raisonneuse, une babillarde indiscrète et importune. Quelle est l'étymologie de ce mot? Littré y voit un nom propre, analogue à Perrette, qui s fini par devenir un nom commun. M. Livet prétend que la Péronnelle était une chanson sur la ville de Péronne vainement assiégée en 1536 par les Impériaux. « A force d'entendre chanter la Péronnelle, on s'en lassa, et l'on finit par appeler péronnelle toute femme ennuyeuse. »
2. Ariste recueille le fruit des exhortations viriles qu'il a précédemment adressées à Chrysale ; mais il devrait moins se bâter de triompher, car Philaminto n'est pas là!