‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 709 sur 744 · ACTE V, SCÊME I. S · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÊME I. S

Un cœur, vous le savez, à deux ne saurait èlre. Et je sens que du mien C.litandre s'est fait maître. Je sais qu'il a bien moins de mérite que vous. Que j'ai de méchants yeux pour le choix d'un époux, Que par cent beaux talents vous devriez me plaire; Je vois bien que j'ai tort, mais je n'y puis que faire; Et tout ce que sur moi peut le raisonnement. C'est de me vouloir mal d'un tel aveuglement'.

HUSSOTIN.

Le (ion di' votre main où l'on me l'ail piétendre Me livrera ce cœur que possède C.lilandre; Et par mille doux soins j'ai lieu de présumer Que je pourrai trouver l'art de me faire aimer.

UKMilKTTK.

>()U : à ses |»remiers va'ux mon àme est attachée,

Et ne peut de vos soins, Monsieur, être touchée.

Avec vous librement j'ose ici m'expliquer.

Et mon aveu n'a rien qui vous doive choquer.

Cette amoureuse ardeur qui dans les cœurs s'excite

N'est point, comme l'on sait, un effet du mérite- :

Le caprice y prend part, et quand quelqu'un nous plaît.

Souvent nous avons peine à dire pourcjuoi c'est.

Si l'on aimait. Monsieur, par choix et par sagesse,

Vous auriez tout mon cœur et toute ma tendresse;

Mais on voit que l'amour se gouverne autrement^.

Laissez-moi, je vous prie, à mon aveuglement.

Et ne vous servez point de cette vio!enc(!

Que pour vous on veut faire à mon obéissance.

1. Tout ce que peut sur moi la raison, c'est de me conlraindro à me condamner moi-même pour une préfV'rence si mal justifiée. Bélisc a dit de même (Acte II, se. vu) :

Je me vettx mnl de mort d'être de votre race.

2. Le mérite : sur le sens de ce mot voyez p. 2ol, note 1. 5. -Mais la raison n'est pas eu qui règle l'amour.

(Le Misaulhfûjw. i, i.;

Quand on est lioimèle homme, on ne veut rien devoir A ce que des parents ont sur nous de pouvoir; On répugne à se faire immoler ce qu"on aime, Et l'on veut n'obtenir un cœur que de lui-même. Ne poussez point ma mère à vouloir par son choix Exercer sur mes vœux la rigueur de ses droits; Otez-moi votre amour', et portez à quelque autre Les hommages d'un cœur aussi cher- que le vôtre.

Le moyen que^ ce cœur puisse vous contenter?

hnposez-lui des lois qu'il puisse exécuter.

De ne vous point aimer peut-il être capable,

A moins que vous cessiez'*, Madame, d'être aimable.

Et d'étaler aux yeux les célestes appas....

UE.MUKTTE.

Eh, Monsieur! laissons là ce galimatias.

Vous avez tant d'Iris, de Philis, d'Amarantes,

Que partout dans vos vers vous peignez si charmantes,

Et pour qui vous jurez lant d'amoureuse ardeur^....

1. Utei-iiKii voire amour, renoncez à ni'aiuier. Cf. CorneiUe :

Olc-lui ton amour, mais laisse-nous sa vie.

{Le Cid. IV. II.)

2. Aussi cher, d'un aussi haut pri.\. Le mot cher est pris dans la même acception dans ces vers du Misanthrope. I, i :

Et la i)lus glorieuse a des régals peu chers.

Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout l'univers.

3. Le mot/en que, tournure elliptique : quel est pour mon coiur le Hioy-'n de vous contenter'? Pourrait-il cesser de vous aimer?

i. Molière n'a pas fait sivvre à moins que de ne, et, malgré les pi'étentions de certains grammairiens, l'usage a fini par lui donner raison.

5. Cotin avait en effet l'habitude de dédier ses poésies galantes aux personnages imaginaires, dont Henriette cite les noms idylliques avec une spirituelle ironie; on l'avait vu souvent, selon le vers de Boileau :

l'our une Iris en l'air faire le langoureux.

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