ACTE V, SCENE I
CVst mon esprit qui parle, et ce n'est pas mon cœur. Délies on ne me voit amoureux qu'en poète; Mais j'aime tout de bon l'adorable Henriette.
HENRI F.TTE
VAi'. (le grâce. Monsieur....
TRISSOTIN
Si c'est vous offenser. Mou ollenso envers vous n'est pas prèle à ' cesser. Cette ardeur, jusqu'ici de vos yeux ignorée, Vous consacre des vœux d'éternelle durée; Rien n'en peut arrêter les aimables transports; El, bien rpie vos beautés condamnent mes etForts, Je ne puis refuser le secours d'une mère (Jui prétend couronner une llanuue si chèi-e; Et pourvu que j'obtienne un bonheur si diarmant. l'ourvu que je vous ave, il n'importe comment.
UENRIETTK.
Mais savez-vous qu'on risque un peu plus t\n'oi\ ne jiensc
A vouloir sur un cœur user de violence?
Qu'il ne fait pas bien sur*, à vous le trancher iicl',
D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait,
El qu'elle peut aller, en se voyant contraindre,
A des ressentiments que le mari doit craindre?
1. Pir'j à, ùi:poséo à cesser, ou, c<> q\ii parait plus vraisemblable, rur le point de, prrs fie cesser. On ne distinguait pas au xvn* siècle, comme on le fait de nos jours, prêt à et prés de. Voyez p. o()2, note 2.
2. // ne fait pas bien sûr, il y a du danger à. Cette locution a été iréée par analogie avec celle-ci, qui est très usitée : il fait bon :
Qu'il fera cliDujereux rencontrer sa colère!
(Corneille, La suite du Menteur. 111, ii.) ô. .1 vous le trancher net. Cf. le Misanthrope, II, i : Madame, voulez-vous aue je vous parle nett
Tr.lSSOTIX.
lu tel fliscoii;s n'a rien dont je sois altéré* : A Ions événements le sage est préparé; (Inéri par la raison des faiblesses vnlgaires, H se mot au-dcssns de ces sortes d'affaires, Et n'a garde de pi-endre aucune ombre d'ennui De tout ce qui n'est pas pour* dépendre de lui.
HENlilETTE.
En vérité, Monsieur, je suis de vous ravie; Et je ne pensais pas que la philosophie Fnt si belle qu'elle est, d'instruire' ainsi les gens A porter constamment* de pareils accidents. Cette fermeté d'âme, à vous si singulière"', Mérite qu'on lui donne une illustre matière". Est digne de trouver qui prenne avec amour Les soins continuels de la mettre on son jour; Et comme, à dire vrai, je n'oserais me croire Bien propre à lui donner tout l'éclat de sa gloire, .le le laisse à quelque autre, et vous jure entre nous 'jue jo renonce au bien' de vous voir mon époux.
1. M/rrr. ('inn . troiihN' : c'est dans ce sens f)\io Boiloau iVrit (Sa/, m, :
Quel sujet inconnu vous trouble et vous nllèrel
2. 1)0 toiiL ce qui n'est pas de nature à dépondre de lui. 7). FiU assoz belle pour instruire les gens, etc.
l. A supporter avec rnnstniu-c, avec re'signation.
Vt. Si singulière, qui vous appartient en propre d'une façon ,s/ siiigulii'Tc, et dont on chercherait en vain d'autres exemples.
(3. L'occasion de se manifester glorieusement. C'est dans le même sfns que Corneille dit dans Horace :
Le sort, qui de l'honneur nous ouvre la barrière, Offre à notre constance une illustre innlière.
(Acte II. se. III.) 7. Au bien, à l'avantage; nous avons vu dans les Fâcheux (II, vi.) :
Il s'est dit grand chasseur, et nous a priés tous Uu'il put avoir le bien de courir avec nous.