ACTE V, SCENE DERNIERE 8G
Par le chagrin qu'aura ce lâche déserteur.
Voilà le châtiment de sa basse avarice.
De voir qu'avec éclat cet hymen s'accomplisse.
CHRVSALE.
Je le savais bien. moi. que vous l'épouseriez.
ARMAXDE.
Ainsi donc à leurs vœux vous me sacrifiez'?
PUII-A.MINTE.
Ce ne sera point vous que je leur sacrifie*,
Et vous avez l'appui de la philosophie.
Pour voir d'un œil content couronner leur ardeur.
BKLISE.
Hiiil prenne garde au moins que je suis dans son cœur: Par un prompt désespoir souvent on se marie. Qu'on s'en repent après tout le temps de sa vie.
CIIUYSALE.
Allons. Monsieur, suivez l'ordre que j'ai prescrit, Kl faites le contrat ainsi que je l'ai dit.
1. Pour vous conformer à leurs vœux, vous renoncez donc à me faire épouser Clitandre?
2. Ce vers n'est pas très clair. Philaminte parait vouloir dire: Ce n'est pas une personne telle que vous, c'est-à-dire d'un si haut mérite, qui puisse se juger sacrifiée aux intérêts de personnes inférieures. Pliilaiiiinle fait appel à l'orgueil d'Armande pour fortifier son courage. C'est 1res sérieusement qu'elle lui parie du secours qu'elle trouvera dans la philosophie, qui tout à l'heure lui permettait d'accepter la ruine avec une résignation stoîque.
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NOTICI^
Comme le Malade iinayinaire se Icrmine i)ar un iuLeiiuéde burlesque mêlé de danse et de cliaiil, ou pourrait croire que cette pièce fut composée, comme tant d'autres œuvres de Molière, à la prière de Louis XIV, dont on connaît le j^oût pour les comédiesballets. II n'en est rien. Le Malade itnagiiiaire ne fut pas joué d'abord devant la cour. Il parut pour la première fois à Paris, sur la scène du Palais-Royal, le 10 féviier 1(37.".
Il ne faudrait j)as se méprendre sur la véritable portée du Malade inuKjinaire : il serait injuste de prendre texte de la cérémonie linale pour n'y voir qu'une farce joyeuse, où l'auteur :lu Misanthrope n'eût mis autre chose que sa verve et son intal'issable gaieté. Bien des scènes font de la dernière œuvre; de Molière une de ses meilleures comédies, et quand on y i-egai-de le près, on est obligé d'admirer l'art avec lequel l(; poète a su lissimuler la tristesse réelle de son sujet.
Molière n'a cessé de combattre l'égoïsme sous toutes ses formes. Sans doute Argan n'est aveuglé ni par une dévotion lutrée comme Orgon, ni par la passion de la science comme l'hilaminte ; mais la peur de moiu'ir l'a peu à peu i)erverti, en ;c rendant cai)able de toutes les làclietés, et elle a développé .lans son cœur un monstrueux égoïsme. Sans cesse alarmé par 'appréhension des maladies de toute sorte (pii peuvent menacer -a vie, il est devenu la proie des médecins et dos apothicaires, î'est-à-dire des Tartuffes de la science, qui lui font croire qu'ils possèdent l'art de guérir. Aussi, quoiqu'il jouisse d'une parfaite ;anté, ne ccsse-t-il d'observer avec im religieux respect les Moindres prescriptions de la Faculté. Il demandera, par exemple, combien il faut mettre tle grains de sel dans im o-iif ! Persnadi' pi'ii ne saurait avoir trop de médecins autour de lui |i(iur .Miii.iKiit;. '-iS
^;(■,(•. I.K MAI, Mil; imaci.naihe.
vi'illci- sur sa saiil/' ri rcciilci' If Irniii' lalal. il a n-Sdlii de piciidi'i' pour gendre un iiK-dccin. le jeuiu' Tlioiiiari Uialuirus. Il r<t vrai que sa lillc, (|ui aijiie C.léaiite, ne veut pas entendre parler de cette union. Mais ((u'iniporte à légoïsme d'Argan? Angélique épousera le docteur Itialoirus ou elle ira au couvent. Cette décision lui a d'ailleurs été suggérée par sa seconde l'enime, la douce et insinuante Béline, qui n'a épousé ce valétudinaire qu'avec res])oir de le tuer le plus tôt possible à foi'ce de remèdes et de recueillir un nouvel héritage. Il ne faudra rien inoins que la feinte mort d'Argan pour déjouer toutes les intrigues aml)itieuses qui se nouent autour de son fauteuil et remettre toutes choses en place eu mariant Angélique à Cléonte et en apprenant à l'astucieuse iJéline (pie sa tendresse hypocrite a été démasquée. Tel est le sujet du Malade imacjinaii'c : on le voit, il ne semble pas de nature à fournir la matière d'une joyeuse comédie. Comment nous faire rire avec toutes ces lâchetés, avec ces complots de régoisine et de la ciqjidité, et ce brutal étalage de toutes les inhrmités hunuiines, dans ce qu'elles ont de plus vulgaire et j)arl'ois de plus irpugnant? Et cependant Molière y a réussi. Son mérite est d'autant plus grand qu'il prend en cette circonstance les apparences du courage. C'était, en effet, à la veille de sa mort (|u'il accablait de ses l'ailleries la faiblesse des hommes qu'alfole la peur des maladies, et (ju'il jetait un dernier déh à la médecine cl aux médecins. Sans doute, connue nous l'avons déjà dit, l'ignorance et le charlatanisme des médecins de son temps semblent autoriser les vives satires de Molière. N'a-t-il pas ce|)endant été trop loin le jour où il s'en est pris non plus aux médecins, nuiis à leur art, dont il a proclamé l'impuissance'? On ne saurait souscrire à la condamnation de la médecine prononcée avec tant d'autorité j)ar Béralde, qui est le c sage » de la pièce, et (pii, par suite, peut jjasser pour l'interprète de la pensée de Molière. 11 l'aul en conclure que le poète, aigri par des déceptions personnelles, constatant chaque jour la vanité de la science à laquelle il demandait la santé, s'est laissé égarer par sou dépit et a condamné sans appel la médecine, dont le grand crime était de ne l'avoir pas guéri. Lorsque Molière mourut, le soir de la quatrième représentation du Malade imaginaire, on ne manqua pas de prétendre qu'il avait porté la peine de tous ses ))lasphèmes contre la médecine : la l'acuité était vengée!