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En être fatigué, ennuyé

-i. Pratique est pris ici dans un sens assez différent de celui où nous l'employons aujourd'hui. Il est synonyme de règles, préceptes de conduite, et se rapproche assez du mot théorie, auquel on ropi)ose ordinairement.

NOTICE

Les Fâcheux furent composés par Molière, à la demande du surintendant Foucpiet, pour les fêtes qu'il offrit à Louis XIV, le 17 août 1661, dans sa résidence de Vaux. >'ous connaissons, par tme lettre de La Fontaine à Maucroix, les splendeurs de C3S réjouissances, qui, destinées à concilier au surintendant la faveur du roi, ne firent que l'ofTusquer et l'irriter comme un défi. Quelques jours plus tard, Fouquet fut arrêté à Nantes, par ordre de Sa Majesté. Tel fut le lendemain de cette fête merveilleuse, dont les Fâcheux n'avaient pas été la moindre « attraction »• Il est heureux que Molière n'ait pas été enveloppé dans la disgrâce qui frappa les hommes de lettres protégés par le surintendant des finances; mais Molière était venu accidentellement à Vaux, appelé dans une circonstance extraordinaire, et l'on ne pouvait le confondre avec les écrivains, tels que La Fontaine et Pellisson, qui étaient bien aux gages de Fouquet, et pouvaient, dans une certaine mesure, être associés par la colère du roi à la destinée de leur protecteur. Du reste Molière avait su plaire à Louis XIV, et la représentation des Fâcheux ne fit que consolider son crédit, puisque le poète, honoré d'un conseil de Sa Majesté, put écrire, dans une épitre dédicatoire, qu'il avait eu le roi pour collaborateur.

Dans un Avertissement, que nous donnons plus loin, Molière .nous fait connaître dans quelles conditions exceptionnelles il composa les Fâcheux : il n'eut que quinze jours pour écrire la pièce et la faire apprendre à sa troupe. Il était évident qu'en si peu de temps le poète, quelle que fût sa facilité, ne pouvait essayer de composer une comédie qui réunit toutes les condi-

tioiis du genre, tel que le concevait désormais le goût sévère de Molière. Il fallait donc se résigner à faire un clioix et sacrifier une des parties de la comédie : Molière n'hésita pas, il sacrifia ce qu'il y avait pour lui de moins important, l'intrigue, et le temps qu'il eût passé à imaginer une action régulière, où l'enchainement des scènes fût toujours logtrpie et vraisemblable, il l'employa à peindre avec véiùté et avec verve toute une galerie d'originaux. Hien n'est plus simple, en effet, que la « donnée », (jui permet à Molière de faire cléfiler sous nos yeux, dans des scènes détachées, le marquis écervelé, le joueur, le chasseur, le solliciteur, etc. Éraste a donné rendez-vous à Oi'phise; mais les deux amants ne peuvent arriver à s'entretenir, car, à chaque instant, surviennent des importuns, qui s'emparent d'Érasle pour lui faire d'interminables narrations. On a cité un intermède espagnol et un canevas italien où Molière aurait pu prendre l'idée de cette intrigue. Mais ces rapprochements éi'udits nous semblent parfaitement inutiles : on peut supposer à Molière un génie assez riche pour avoir fait les frais de cette invention. Ce qui est certain, c'est que la nécessité de composer une comédie en quelques jours avait amené Molière à inaugurer un genre inconnu en France, quoiqu'on ait voulu voir dans les Visionnaires (1G57), de Desmarets, le premier modèle de ce que nous appelons des « pièces à tiroirs' ». Les « Revues », qu'on représente chaque année sur la plupart de nos théâtres, sont encore aujourd'hui conçues d'après les Fâcheux de Molière. Le compère et la commère y remplacent Eraste et Orphise, et ce sont eux qui font détiler sur la scène les personnages et les événements qui ont le plus occupé l'opinion publique dans le courant de l'année. On peut faire entrer dans les pièces de ce genre, comme dans les galeries d'un musée, les tableaux les plus divers. Aussi n'a-t-ou pas manqué d'insinuer, au xvn"" siècle, pour diminuer le mérite de Molière, qu'il avait déjà en portefeuille plusieurs des « caractères » qu'il a fait figurer dans les Fâcheux. La rapidité avec laquelle il dessina le portrait du chasseur, semble prouver, au contraire, que toutes les scènes

1. Molière eut quelques imitateurs au xvii' siècle : l'Esope à In ville et l'Esope à la cour, de Boursault, sont, cc/niie les Fâcheux, des « pièces à tiroirs ».

NOTICE. î)7

(les Fâcheil.T ont été, coiiime nous le dit le jinète, ]mprovisé(^s en quelques jours. Ce qui a pu faire douter de la sincérité de Molière, c'est la sùfeté, la perfection du style, la précision du vocabulaire, qualités qui semblent exiger le recueillement d'un long travail. Mais n'oublions pas que Molière, dans sa carrière de poète directeur de troupe, avait dû se familiariser avec les tours de force de ce genre. Il lit, ce qu'avait fait tant de fois Alexandre Hardy, l'infatigable improvisateur ; mais il le (it en poète de génie.

Ce qu'il ne faut pas moins admirer que les qualités du style, c'est la vérité des personnages que Molière a groupés autour d'Éraste. Ils étaient empruntés à la société aristocratique ([ui se pressait aux fêtes de Vaux, et chacun pouvait reconnaître son voisin sous les traits du joueur ou du duelliste. Sans doute Molière a pu se souvenir des satires où Horace et Régnier se plaignent d'avoir été les victimes d'un insupportaljle fâcheux. Mais il ne leur doit que quelques traits, et c'est bien en a étudiant la cour », comme dit Boileau, qu'il a connu ces originaux et a pu les peindre avec tant de vérité. La Fontaine avait étô surtout fi'appé de cette qualité, qui manquait aux prédécesseurs de Mulière, à Scarron en particulier; il éci-it à Mauci'oix :

Piaule n'est plus qu'un plat Ijotillon,

Et jamais il ne fit si bon

Se trouver à la comédie ;

Car ne pense pas qu'on y rie

De maint trait jadis admiré.

Et lion in illo iempore :

Nous avons cliangé de méthode ;

Jodelet n'est plus à la mode.

Et maintenant il ne faut pas

Quitter la nature d'un pas.

La comédie des Fi'cheux offrait encore aux contemporains de Molière un nouvel attrait. Le poète, exploitant habilement le goût de la cour pour les ballets, avait introduit des intermèdes de danse, réglés par Beauchamp, membre de ['Académie royale de danse que venait d'instituer Louis XIV. Cette innovation obtint un succès très vif ; la comédie-ballet, inaugurée par Im Fâcheux, prit rang parmi les divertissements de cour, et nous verrons maintes fois Molière composer, à la prière du roi, dis

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pièces où « le ballet est accommodé à la comédie ». Il ne faut pas se plaindre de voir le poète consacrer à la comédie-ballet un temps qu'il eût pu mieux employer en écrivant plus de pièces telles que le Misanthrope. Il dut à ces œuvres légères la protection du roi, sans laquelle il n'eût pu faire jouer ses autres comédies, dont les hardiesses philosophiques eussent sûrement compromis et perdu un poète livré sans défense à tant de jalousies et de colères-

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