SCÈNE XII
GÉRONTB
Merlin...
MERLIN, à Gérante.
Il vous dit vrai, monsieur ; Clitandre lui doit deux raille écus.
GÉRONTE
Et tu dis qu'il a été d'une si bonne conduite !
MERLIN
Oui, monsieur ; c'est un effet de sa bonne conduite de devoir cet argent-là.
GÉRONTE
Comment, emprunter deux mille écus d'un usurier ! car je vois bien, à la mine, que monsieur est du métier.
M. ANDRÉ, à Géronte.
Oui, monsieur ; et je vous crois aussi de la profession.
MERLIN, à part.
Comme les honnêtes gens se connaissent !
GÉRONTE, à Merlin.
Tu appelles cela l'effet d'une bonne conduite?
MERLIN, bas à Géronte.
Paix, ne dites mot. Quand vous saurez le fond de cette affairelà, vous serez charmé de monsieur votre fils ; il a acheté une maison de dix mille écus.
GÉRONTE
Une maison de dix mille écus !
MERLIN, bas à Géronte.
Qui en vaut plus de quinze ; et comme il n'avait que vingtquatre mille francs d'argent comptant, pour ne pas manquer un si bon marché, il a emprunté les deux mille écus en question de l'honnête fripon que vous voyez. Vous n'êtes plus si fâché que vous étiez, je gage?
GÉRONTE
Au contraire, je ne me sens pas de joie. {A M. André.) Oh ! çà, monsieur, ce Clitandre, qui vous doit de l'argent, est mon fils.
MERLIN, à M. Andrû.
Et monsieur est son père, entendez-vous?
M. ANDRÉ
J'en ai bien de la joie.
GÉRONTE, à M. André.
Ne vous mettez point en peine de vos deux mille écus ; j'approuve l'emploi que mon fils en a fait. Revenez demain, c'est de l'argent comptant.
M ANDRÉ
Soit. Je suis votre valet.