‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 12 sur 168 · SCÈNE IV : VALÈRE, HECTOR · texte numérisé non relu

SCÈNE IV : VALÈRE, HECTOR

{Valère parait en désordre, comme un homme qui a joué toute la nuit.)

Mais je l'aperçois. Qu'il a l'air harassé I On soupçonne aisément, à sa triste figure. Qu'il cherche en vain quelqu'un qui prête à triple usure.

VALÈRE

Quelle heure est-il?

HECTOR

Il est... Je ne m'en souviens pas.

VALÈRE

Tu ne t'en souviens pas?

HECTOR

Non, monsieur.

VALÈRE

Je suis las

De tes mauvais discours ; et tes impertinences...

HECTOR, à part.

Ma foi, la vérité répond aux apparences.

VALÊRE

Ma robe de chambre. {A part.) Euh!

HECTOR, à part.

Il jure entre ses dents.

, VALÈRE

Eh bien ! me faudra- t-il attendre encor longtemps? (// se promène.)

Eh ! la voilà, monsieur.

(// suit son maître, tenant sa robe toute déployée.)

VALÈRE, se promenant.

Une école maudite Me coûte, en un moment, douze trous tout de suite. Que je suis un grand chien ! Parbleu ! je te saurai. Maudit jeu de trictrac, ou bien je ne pourrai ! Tu peux me faire perdre, ô fortune ennemie ! Mais me faire payer, parbleu, je t'en défie : Car je n'ai pas un sou.

HECTOR, tenant toujours la robe.

Vous plairait-il, monsieur...

VALÈRE, se promenant.

Je me ris de tes coups, j'incague ' ta fureur.

HECTOR

Votre robe de chambre est, monsieur, toute prête.

VALÈRE

Va te coucher, maraud ; ne me romps point la tête. Va-t'en.

HECTOR

Tant mieux.

1. Incaguer : braver, narguer. On trouve ce mot dans Rabelais.

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