‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 13 sur 168 · SCÊ^^E VI : VALÈRE, HECTOR · texte numérisé non relu

SCÊ^^E VI : VALÈRE, HECTOR

HECTOR, derrière le théâtre.

Monsieur?

VALÈRE

Eh bien ! bourreau, veux-tu venir?

[Hector entre, à moitié déshabillé.) N'es-tu pas las encor de dormir, misérable?

HECTOR

Las de dormir, monsieur? Hé! je me donne au diable, Je n'ai pas eu le temps d'ôter mon justaucorps.

VALÈRE

Tu dormiras demain.

HECTOR, à part.

Il a le diable au corps.

VALÈRE

Est-il venu quelqu'un? (

HECTOR

II est, selon l'usage.

Venu maint créancier ; de plus un gros visage. Un maître de trictrac qui ne m'est pas connu. Le maître de musique est encore venu.

Ils reviendront bientôt.

M'as-tu déterré...

Bon. Pour cette autre affaire,

HECTOR

Qui ? cette honnête usurière Qui nous prête, par heure, à vingt sous par écu * ?

VALÈRE

Justement, elle-même.

HECTOR

Oui, monsieur, j'ai tout vu.

Qu'on vend cher maintenant l'argent à la jeunesse ! Mais, enfin, j'ai tant fait avec un peu d'adresse Qu'elle m'a reconduit d'un air fort obligeant ; Et vous aurez, je crois, au plus tôt votre argent.

J'aurais les mille écus ! O ciel ! quel coup de grâce ! Hector, mon cher Hector, viens çà que je t'embrasse.

Comme l'argent rend tendre !

VALÈRE

Et tu crois qu'en effet Je n'ai, pour en avoir, qu'à donner mon billet .ï*

HECTOR

Qui le refuserait serait bien difficile :

Vous êtes aussi bon que banquier de la ville.

Pour la réduire au point où vous la souhaitez.

Il a fallu lever bien des difficultés :

Elle est d'accord de tout, du temps, des arrérages :

Il ne faut maintenant que lui donner des gages.

VALÈRE

Des gages?

HECTOR

Oui, monsieur.

VALÈRE

Mais y penses-tu bien ?

I. Vécu d'argent valait si? livre^, soit enviroij sis francs; le petit écu en valait U FQoitié,

Page 1