‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 127 sur 168 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Dès mes plus tendres ans chez sa mère nourrie. Nos cœurs se sont trouvés liés de sympathie ; Et l'amour acheva, par des nœuds plus charmants. De nous unir encor par ses engagements. Plutôt que de souffrir la contrainte effroyable Qui depuis quelque temps et me gêne et m'accable. Je serais fille à prendre un parti violent ; Et, sous un habit d'homme, en chevalier errant. Pour m'affranchir d'Albert et de ses lois si dures. J'irais par le pays chercher des aventures*.

LISETTE

Oh ! sans aller si loin, ici, quand vous voudrez. Je vous suis caution que vous en trouverez.

AGATHE

Tu ne sais pas encor quel est mon caractère. Quand on m'impose un joug à mon humeur contraire. J'ai vécu dans le monde au milieu des plaisirs ; La contrainte où je suis irrite mes désirs. Présentement qu'Éraste à m'épouser s'apprête. Mille vivacités me passent par la tête. J'ai du cœur, de l'esprit, du sens, de la raison ; Et tu verras dans peu des traits de ma façon. Mais comment du château la porte est-elle ouverte?

LISETTE

Bon ! votre vieux Cerbère est à la découverte ;

Faut-il le demander ? Il rôde dans les champs :

Il fait toute la nuit sentinelle en dedans.

Et sur le point du jour il va battre l'estrade*.

S'il pouvait, par bonheur, choir en quelque embuscade.

Et que des égrillards, avec de bons bâtons...

Mais paix ; j'entends du bruit ; quelqu'un vient : écoutons.

Page 1