ACTE PREMIER
ALBERT
Respirer le frais et voir l'aurore naître. Tout cela se pouvait faire à votre fenêtre. Ici, pour me trahir, vous êtes de complot.
LISETTE, à part.
Que ce serait bien fait !
ALBERT, à Lisette.
Que dis-tu?
LISETTE
Pas le mot.
ALBERT
Des filles sans intrigue, et qui sont retenues ', Sont, à l'heure qu'il est, dans leur lit étendues. Donnent tranquillement et ne vont point sitôt Prendre dans une cour ni le froid ni le chaud.
LISETTE, à Albert.
Et comment, s'il vous plaît, voulez- vous qu'on repose?
Chez vous, toute la nuit, on n'entend autre chose
Qu'aller, venir, monter, fermer, descendre, ouvrir.
Crier, tousser, cracher, éternuer, courir.
Lorsque, par grand hasard, quelquefois je sommeille.
Un bruit affreux de clefs en sursaut me réveille.
Je veux me rendormir, mais point : un juif errant.
Qui fait du mal d'autrui son plaisir le plus grand.
Un lutin, que l'enfer a vomi sur la terre
Pour faire aux gens dormants une éternelle guerre.
Commence son vacarme et nous lutine tous.
ALBERT
Et quel est ce lutin et ce juif errant?
LISETTE
Vous.
ALBERT
Moi?
LISETTE
Oui, vous. Je croyais que ces brusques manières Venaient de quelque esprit qui voulait des prières ;
I, RcUmus : modestes, vertueuses.
«SCNARD — i.
Et, pour mieux m'éclaircir, dans ce fâcheux état, Si c'était âme ou corps qui faisait ce sabbat. Je mis, un certain soir, à travers la montée. Une corde aux deux bouts fortement arrêtée : Cela fit tout l'effet que j'avais espéré. Sitôt que pour dormir chacun fut retiré. En personne d'esprit, sans bruit et sans chandelle J'allai dans certain coin me mettre en sentinelle : Je n'y fus pas longtemps, qu'aussitôt patatras t Avec un fort grand bruit, voilà l'esprit à bas : Ses deux jambes à faux dans la corde arrêtées Lui font, avec le nez, mesurer les montées. Soudain j'entends crier : A l'aide ! je suis mort I A ces cris redoublés, et dont je riais fort. J'accours, et je vous vois étendu sur la place, Avec une apostrophe au milieu de la face ; Et votre nez cassé me lit voir par écrit Que vous étiez un corps et non pas un esprit.
ALBERT
Ah ! malheureuse engeance ! apanage du diable ! C'est toi qui m'as joué ce tour abominable : Tu voulais me tuer avec ce trait maudit?
LISETTE
Non ; c'était seulement pour attraper l'esprit.
ALBERT
Je ne sais maintenant qui retient mon courage. Que de vingt coups de poing au milieu du visage...
AGATHE, le retenant.
Eh ! monsieur, doucement.
ALBERT, à Agathe.
Vous pourriez bien ici, Vous, la belle, attraper quelque gourmade aussi. Taisez-vous, s'il vous plaît.
{A part.) Pour punir son audace.
Il faut que de chez moi sur-le-champ je la chasse.
{A Lisette.) Qu'on sorte de ce pas.