‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 151 sur 168 · SCÈNE X : ÉRASTE, CRISPIN · texte numérisé non relu

SCÈNE X : ÉRASTE, CRISPIN

ÉR.\STE, ouvrant la lettre.

Il est entré. Lisons...

« Vous serez surpris du parti que je prends ; mais l'esclavage où je me trouve devenant plus dur chaque jour, j'ai cru qu'il m'était permis de tout entreprendre. Vous, de votre côté, essayez tout pour me délivrer de la tyrannie d'un homme que je hais autant que je vous aime. »

Que dis-tu, je te prie.

De tout ce que tu vois, et de cette folie?

CRISPIN

J'admire les ressorts de l'esprit féminin. Quand il est agité de l'amoureux lutin.

ÉRASTE

Il faut que, cette nuit, sans plus longue remise*, Nous fassions éclater quelque noble entreprise. Et que nous l'arrachions, Crispin, d'un joug si dur.

Vous voulez l'enlever?

ÉRASTE

Ce serait le plus sûr Et le plus prompt.

CRISPIN

D'accord. Mais, vous rendant service,

î. R^nnise : d61ai.

2lit) — LES FOLIES AMOUREUSES Je crains après cela...

ÉRASTE

Que crains-tu?

CRISPIN

La justice.

ÉRASTE

C'est pour nous épouser.

CRISPIN

C'est fort bien entendu.

Vous serez épousé ; moi, je serai pendu.

ÉRASTE

Il me vient un dessein... Tu connais bien Clitandre?

CRISPIN

Oui-dà.

D'un tel ami nous pouvons tout attendre : Son château n'est pas loin ; c'est chez lui que je veux Me choisir un asile en partant de ces lieux. Là, bravant du jaloux le dépit et la rage, Nous disposerons tout pour notre mariage. La joie et le plaisir régnent dans ce séjour, Et nous y conduirons et l'Hymen et l'Amour.

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