‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 165 sur 168 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

D'aller aux ennemis arracher la \ ictoire ! Que de veuves en deuil ! que d'amautes en pleurs 1 Enfants, suivez-moi tous ; ranimez vos ardeurs. Je vois dans vos regards briller votre courage. Que tout ressente ici l'horreur et le carnage. La baïonnette au bout du fusil. Ferme ; bon : Frappez. Serrez vos rangs ; percez cet escadron. Les coquins n'oseraient soutenir notre vue. Ah ! marauds, vous fuyez ! Non, point de quartier ! tue ! {Elle tombe comme évanouie dans un fauteuil.)

CRisriN

En peu de temps, voilà bien du sang répandu.

ALBERT

Sans espoir de retour elle a l'esprit perdu.

CRISPIN

Tout se prépare bien ; je la vois qui repose.

{Il parle à l'écart à Albert, tandis qu'Erasîe parle bas à Agathe.) Son mal, à mon avis, ne provient d'autre chose Que d'une humeur contrainte, un esprit irrité. Qui veut avec effort se mettre en liberté. Quelque démon d'amour a saisi son idée.

LISETTE

Comment ! la pauvre fille est-elle possédée?

CRISPIN

Ce démon violent, dont il la faut sauver,

Est bien fort, et pourrait dans peu nous l'enlever.

Si j'avais un sujet, dans cette maladie,

En qui je fisse entrer cet esprit de folie.

Je vous répondrais bien. . .

ALBERT

Lisette est un sujet Qui, sans aller plus loin, vous servira d'objet.

LISETTE

Je vous baise les mains, et vous donne parole Que je n'en ferai rien : je ne suis que trop folle.

ÉRASTE, à Crispin.

Hâtez-vous donc. Son mal augmente à chaque instant.

CRISPIN

Malepeste ! ceci n'est pas un jeu d'enfant.

On ne saurait agir avec trop de prudence.

Quand dans le corps d'un homme un démon prend séance.

Je puis, sans me flatter, l'en tirer aisément ;

Mais dans un corps femelle il tient bien autrement.

ÉRASTE, à Albert.

Pour savoir aujourd'hui jusqu'où va la science. Je veux bien me Uvrer à son expérience. Je commence à douter de l'effet ; et je crois Qu'il s'est voulu moquer et de vous et de moi. Je veux l'embarrasser.

CRISPIN

Moi, je veux vous confondre Et vous mettre en état de ne pouvoir répondre. Mettez-vous auprès d'elle. Eh ! non ; comme cela. Un genou contre terre, et vous tenez bien là, Toujours sur ses beaux yeux votre vue assurée. Votre main dans la sienne étroitement serrée,

{A Albert.) Ne consentez-vous pas qu'il lui donne la main, Pour que l'attraction se fasse plus soudain?

ALBERT

Oui, je consens à tout.

CRISPIN

Tant mieux. Sans plus attendre, Vous verrez un effet qui pourra vous surprendre.

(// fait quelques cercles avec sa baguette sur les deux amants, en disant : microc, salam, hypocrata.)

AGATHE, se levant de son fauteuil.

Ciel ! quel nuage épais se dissipe à mes yeux !

ÉRASTE, se levant.

Quelle sombre vapeur vient obscurcir ces lieux'

AGATHE

Quel calme en mon esprit vient succéder au trouble !

ÉRASTE

Quel tumulte confus dans mes sens se redouble

LtS KOIIKS AMOUREUSES

Dessiné par J.-M. Moreau le jeune.

Oui. je consens à tout.

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