ACTE III — 131 SCÈNE IV : ÉRASTE. GÉRONTE, LISETTE
GÉRONTE
Tu te fais bien attendre !
Tu m'as abandonné dans un grand embarras. Un malheureux neveu m'est tombé sur les bras.
ÉRASTE
Il vient de m'accoster là-bas tout hors d'haleine, Et m'a dit en deux mots le sujet qui l'amène.
Qiie dis-tu de ses airs ?
ÉRASTE
Je les trouve étonnants.
Il peste, il jure, il veut mettre le feu céans *.
GÉRONTE
J'aurais bien eu besoin ici de ta présence Pour réprimer l'excès de son impertinence Lisette en est témoin.
LISETTE
Ah I le mauvais pendard, A qui monsieur voulait de son bien faire part !
GÉRONTE
J'ai bien changé d'avis : je te donne parole Qu'il n'aura de mon bien jamais la, moindre obole.
ÉRASTE
Je me suis acquitté de ma commission.
Et tout s'est fait au gré de notre intention. Votre lettre a produit un effet qui m'enchante. On a montré d'abord une âme indifférente ; D'un faux air de mépris voulant couvrir leur jeu, Elles me paraissaient s'en soucier fort peu : Mais quand je leur ai dit que vous vouliez me faire Aujourd'hui de vos biens unique légataire, (Car vous m'avez prescrit de parler sur ce ton)...
I. Ces quatre vers devraient être supprimés pour motiver la lurpiise d'Erasie aix scènes VIII et ix.
Oui, je te l'ai promis ; c'est mon intention.
ÉRASTE
Elles ont toutes deux témoigné des surprises Dont elles ne seront de six mois bien remises.
GÊRONTE
J'en suis persuadé.
ÉRASTE
Mais écoutez ceci.
Qui doit bien vous surprendre et m'a bien surpris aussi : C'est que madame Argante, aimant votre famille. M'a proposé, tout franc, de me donner sa fille, Et d'acquitter ainsi, par un commun égard, La parole donnée et d'une et d'autre part.
GÉRONTE
Et qu'a5-tu su répondre à ces belles pensées?
ÉRASTE
Que je ne voulais point aller sur vos brisées. Sans avoir, sur ce point, su votre sentiment, Et, de plus, obtenu votre consentement.
GÉRONTE
Ne t'embarrasse point encor de mariage.
Que mon exemple ici serve à te rendre sage.
LISETTE
Moi, j'approuverais fort cet hymen et ce choix. Il est tel qu'il le faut, et j'y donne ma voix. Il convient à monsieur de suivre cette envie. Non à vous, qui devez renoncer à la vie.
A la vie ! Et pourquoi? Suis-je mort, s'il vous plaît?
LISETTE
Je ne sais pas, monsieur, au vrai ce qu'il en est ; Mais tout le monde croit, à votre air triste et sombre. Qu'errant près du tombeau, vous n'êtes plus qu'une ombre; Et que, pour des raisons qui vous font différer. Vous ne vous êtes pas encor fadt enterrer.
GÉRONTE
Avec de tels discours et ton air d'insolence. Tu pourrais, à la fin, lasser ma patience.