SCÈNE III : GÉRONTE. LISETTE
LISETTE
Ah ! quel homme voilà !
Quel neveu vos parents vous ont-ils donné là?
I. € Voilà de ces vers, entre tant d'autres, dans lesquels il se sent comme un rejaillissement de l'esprit de Rabelais (Sainte Beuve). •
RECKARD II.
GÉRONTE
Ce n'est point mon neveu ; ma sœur était trop sage Pour élever son fils dans un air si sauvage : C'est un fieffé brutal, un homme des plus fous.
LISETTE
Cependant, à le voir, il a quelque air de vous.
Dans ses yeux, dans ses traits, un je ne sais quoi brille ;
Enfin on s'aperçoit qu'il tient de la famille.
GÉRONTE
Par ma foi, s'il en tient, il lui fait peu d'honneur. Ah ! le vilain parent !
LISETTE
Et vous auriez le cœur De laisser votre bien, une si belle somme. Vingt mille écus comptant, à ce beau gentilhomme?
Moi ! lui laisser mon bien ! J'aimerais mieux cent fois L'enterrer pour jamais.
LISETTE
Ma foi, je m'aperçois Que monsieur le neveu, si j'en crois mon présage. N'aura pas trop gagné d'avoir fait son voyage. Et que le pauvre diable, arrivé d'aujourd'hui, Aurait aussi bien fait de demeurer chez lui.
GÉRONTE
Si c'est sur mon bien seul qu'il fonde sa cuisine.
Je t'assure déjà qu'il mourra de famine,
Et qu'il n'aura pas lieu de rire à mes dépens.
LISETTE
C'est fort bien fait : il faut apprendre à vivre aux gens. Voilà comme sont faits tous ces neveux avides, Qui ne peuvent cacher leurs naturels perfides : Quand ils n'assomment pas un oncle assez âgé, Ils prétendent encor qu'il leur est obligé. Mais Éraste revient, et nous allons apprendre Comment tout s'est passé.