ACTE IIÎ
Je l'attends de pied ferme.
ÉRASTE
Ah ! juste ciel! c'est toi.
Je ne me trompe point.
CRISPIN
Oui, ventrebleu, c'est moi.
Vous venez de me faire une rude algarade.
ÉRASTE
Ta pudeur a souffert d'une telle incartade.
CRISPIN
L'ardeur de vous servir m'a donné cet habit ; Et, comme vous voyez, mon projet réussit. Avec de certains mots j'ai conjuré l'orage : Ici de deux parents j'ai fait le personnage ; Et j'ai dit, en leur nom, de telles duretés Qu'ils seront, par ma foi, tous deux déshérités.
ÉRASTE
Quoi I
Si vous m'aviez vu tantôt faire merveille. En noble campagnard, le plumet sur l'oreille. Avec un feutre gris, longue brette * au côté. Mon air de bas Normand vous aurait enchanté. Mais, il faut dire vrai, cette coiffe m'inspire Plus d'intrépidité que je ne puis vous dire : Avec cet attirail j'ai vingt fois moins de peur ; L'adresse et l'artifice ont passé dans mon cœur. Qu'on a, soiis cet habit, et d'esprit et de ruse 1
ÉRASTE
Enfin de ses neveux l'oncle se desabuse ;
Il fait un testament qui doit combler mes vœux.
E«t-il dans l'univers un mort^ plus heureux?