ACTE IV — 1?Î
ÉRASTE, à part.
Ah I quelle trahison !
CRISPIN
Trouvez- vous, mon neveu, Le présent malhonnête, et que ce soit trop peu?
Comment I quinze cents francs !
CRISPIN
Oui ; sans laquelle clause Le présent testament sera nul, et pour cause.
ÉRASTE
Pour un valet, mon oncle, a-t-on fait un tel legs? Vous n'y pensez donc pas ?
CRISPIN
Je sais ce que je fais, Et je n'ai point l'esprit si faible et si débile,
LISETTE
Mais...
CRISPIN
Si vous me fâchez, j'en laisserai deux mille.
ÉRASTE
Si...
LISETTE, bas à Erasie.
Ne l'obstinez point, je connais son esprit : Il le ferait, monsieur, tout comme il vous le dit.
ÉRASTE, bas à Lisette.
Soit, je ne dirai mot ; cependant, de ma vie. Je n'aurai de parler une si juste envie.
CRISPIN
N'aurais-je point encor quelqu'un de mes amis A qui je pourrais faire un fîdéicommis * ?
ÉRASTE, bas.
Le scélérat encor rit de ma retenue ; Il ne me laissera plus rien, s'il continue.
I. Fidiicommii : legs à une pmoone qui doit le restituer à uoe autre.
M. SCRUPULE, à Crispin.
Est-ce fait?
CRISPIN
Oui, monsieur.
LISETTE, à part.
Le ciel en soit béni !
M. GASPARD
Voilà le testament heureusement fini.
{A Crispin.) Vous plait-il de signer?
CRISPIN
J'en aurais grande envie; Mais j'en suis empêché par la paralysie Qui depuis quelques mois me tient sur le bras droit.
M. GASPARD, écrivant.
Et ledit testateur déclare, en cet endroit. Que de signer son nom il est dans l'impuissance. De ce l'interpellant au gré de l'ordonnance.
CRISPIN
Qu'un testament à faire est un pesant fardeau ! M'en voilà délivré ; mais je suis tout en eau.
M. SCRUPULE, à Crispin.
Vous n'avez plus besoin de notre ministère?
CRISPIN, à M. Scrupule.
Laissez-moi, s'il vous plaît, l'acte qu'on vient de faire.
M. SCRUPULE
Nous ne pouvons, monsieur ; cet acte est un dépôt Qui reste dans nos mains ; je reviendrai tantôt. Pour vous en apporter moi-même une copie.
ÉRASTE
Vous nous ferez plaisir ; mon oncle vous en prie. Et veut récompenser votre peine et vos soins.
M. GASPARD
C'est maintenant, monsieur, ce qui presse le moins.
CRISPIN
Lisette, conduis-les.