ACTE IV
LISETTE
J'étouffe. Ouf, ouf, la peur m'empêche de pau-lerl
CRISPIN, à Lisette.
Quel vertigo soudain a donc pu te troubler? Péirle donc, si tu veux.
LISETTE
Géronte...
CRISPIN
Eh bien ! Géronte...
LISETTE, se levant brusquement.
Ah l prenez garde à moi.
CRISPIN
Veux-tu finir ton conte?
LISETTE
Un grand fantôme noir...
ÉRASTE
Comment donc ? que dis-tu ?
Hélas 1 mon cher monsieur, je dis ce que j'ai vu. Après avoir conduit ces messieurs dans la rue. Où la mort du bonhomme est déjà répandue. Où même le crieur a voulu, malgré moi. Faire entrer, avec lui, l'attirail d'un convoi ; De la chambre, où gisait votre oncle sans escorte. Il m'a semblé d'abord entendre ouvrir la porte ; Et, montant l'escaUer, j'ai trouvé, nez pour nez. Comme un grand revenant, Géronte sur ses pieds.
De la crainte d'un mort ton âme possédée T'abuse et te fait voir un fantôme en idée.
LISETTE
C'est lui, vous dis-je ; il parle... Ah
{Elle se retourne, voit Crispin qu'elle prend pour Géronte, se lève et se sauve dans un coin, en poussant un cri d'effroi.)
CRISPIN
Pourquoi ce grand cri?
LISETTE
Excuse, mon enfant ; je te prenais pour lui. Enfin, criant, courant, sans détourner la vue, Essoufflée et tremblante, ici je suis venue Vous dire que le mal de votre oncle en ces lieux N'est qu'une léthargie, et qu'il n'en est que mieux.
ÉRASTE
Avec quelle constance, au branle de sa roue, La fortune ennemie et me berce et me joue !
O trop flatteur espoir ! projets si bien conçus. Et mieux exécutés, qu'êtes- vous devenus?
CRISPIN
Voilà donc le défunt que le sort nous renvoie !
Et l'avare Achéron lâche encore sa proie * !
Vous le voulez, grands dieux ! ma constance est à bout.
Je ne sais où j'en suis, et j'abandonne tout.
ÉRASTE
Toi que j'ai vu tantôt si grand, si magnanime. Un seul revers te rend faible et pusillanime ! Reprends des sentiments qui soient dignes de toi : Offrons-nous aux dangers ; viens signaler ta foi : Quelque coup de hasard nous tirera d'affaire.
CRISPIN
Allons-nous abuser encor quelque notaire ?
ÉRASTE
Je vais, sans perdre temps, remettre ces billets Dans les mains d'Isabelle : ils feront leurs effets ; Et nous en tirerons peut-être un avantage. Qui pourrait bien servir à notre mariage. Vous, rentrez chez mon oncle, et prenez bien le soin D'appeler le secours dont il aura besoin. Pour retourner plus tôt, je pars en diligence, Et viens vous rassurer ici par ma présence.