‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 13 sur 135 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LE CHEVALIER

Oui, vraiment.

VALENTIN

Cela pourrait peut-être arriver aisément.

A noti'e campagnard nous donnerions la tante ;

Pour vous serait la nièce, et pour moi la suivante.

LE CHEVALIER

Mais comment ferions-nous, dans ce hardi dessein. Pour mettre promptement cette affaire en bon train ?

VALENTIN

Il faut premièrement quitter cette parure. Prendre d'un héritier l'habit et la figure, L'air entre triste et gai. Le deuil vous sied-il bien?

LE CHEVALIER

Si c'est comme héritier, ma foi, je n'en sais rien : Jamais succession ne m'est encor venue.

VALENTIN

Faites bien le dolent à la première vue. Imposez au notaire, et soyez diligent.

Autant qiie vous pourrez, à toucher cet argent.

LE CHEVALIER

J'ai de tromper mon frère, au fond, quelque scrupule.

VALENTIN

Quelle délicatesse et vaine et ridicule ! Nantissez-vous de tout, sans rien mettre au hasard ; Après, à votre gré, vous lui ferez sa part. S'il tenait cet argent, il se pourrait bien faire Qu'il n'aurait pas pour vous un si bon caractère.

LE CHEVALIER

Si pour ce bien offert tu me vois quelque ardeur, C'est pour mieux mériter Isabelle et son cœur. Je l'adore ; et je puis te dire, en confidence. Qu'elle ne me voit pas avec indifférence. Son père n'en sait rien, et ne me connaît pas ; Pour l'obtenir de lui je n'ai fait aucun pas ' ;

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