SCÈNE III : FINETTE, MÉNECHME, VALENTIN
VALENTIN, à part.
Mais j'aperçois Finette. Ah ! juste ciel ! je tremble Qu'elle ne vienne ici gâter ce que j'ai fait.
FINETTE, à Valentin.
Que diantre fais-tu là, planté comme un piquet? Le dîner se morfond ; ma maîtresse s'ennuie.
{Apercevant Ménechme qu'elle prend pour le Chevalier.) Ah ! vous voilà, monsieur ! vraiment j'en suis ravie !
Et pourquoi donc?
FINETTE
J'allais, au-devant de vos pas.
Voir qui peut empêcher que vous ne veniez pas : Ma maîtresse ne peut en deviner la cause. Mais qu'est-ce donc, monsieur? quelle métamorphose? Pourquoi cet habit noir et ce lugubre accueil? En peu de temps, vraiment, vous avez pris le deuil. Faut-il, pour un dîner, s'habiller de la sorte? Vous venez d'un convoi, monsieur?
Que vous importe ?
Je suis comme il me plaît.
[A part, à Valentin.)
Les filles en ces lieux Ont l'abord familier et l'esprit curieux.
VALENTIN, bas à Ménechme.
C'est l'humeur du pays ; et, sans beaucoup d'instance, Avec les étrangers elles font connaissance.
FINETTE
Mon zèle de ces soins ne peut se dispenser : A ce qui vous survient je dois m'intéresser, Ma maîtresse a pour vous une tendresse extrême. Et je dois l'imiter.
Votre maîtresse m'aime?
Ne le savez-vous pas ?
Je veux être pendu Si, jusqu'à ce moment, j'en ai jamais rien su.
FINETTE
Vous en avez pourtant déjà fait quelque épreuve ; Et si vous en voulez de plus solide preuve. Quand vous souhaiterez, vous serez son époux.
Je serai son époux?
FINETTE
Oui vraiment.
Qui? moi?
FINETTE
Vou*?.
Vous n'avez pas, je crois, d'autre dessein en tête.
La proposition est, ma foi, fort honnête !
[A part, à Valentin.) Voilà, sur ma parole, une agente d'amour.
VALENTIN, bas à Ménechme.
Elle en a bien la mine,
Avant votre retour, Tslille amants sont venus s'offrir à ma maîtresse ; Mais Ménechme est le seul qui flatte sa tendresse.