‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 16 sur 135 · SCÈNE III : FINETTE, MÉNECHME, VALENTIN · texte numérisé non relu

SCÈNE III : FINETTE, MÉNECHME, VALENTIN

VALENTIN, à part.

Mais j'aperçois Finette. Ah ! juste ciel ! je tremble Qu'elle ne vienne ici gâter ce que j'ai fait.

FINETTE, à Valentin.

Que diantre fais-tu là, planté comme un piquet? Le dîner se morfond ; ma maîtresse s'ennuie.

{Apercevant Ménechme qu'elle prend pour le Chevalier.) Ah ! vous voilà, monsieur ! vraiment j'en suis ravie !

Et pourquoi donc?

FINETTE

J'allais, au-devant de vos pas.

Voir qui peut empêcher que vous ne veniez pas : Ma maîtresse ne peut en deviner la cause. Mais qu'est-ce donc, monsieur? quelle métamorphose? Pourquoi cet habit noir et ce lugubre accueil? En peu de temps, vraiment, vous avez pris le deuil. Faut-il, pour un dîner, s'habiller de la sorte? Vous venez d'un convoi, monsieur?

Que vous importe ?

Je suis comme il me plaît.

[A part, à Valentin.)

Les filles en ces lieux Ont l'abord familier et l'esprit curieux.

VALENTIN, bas à Ménechme.

C'est l'humeur du pays ; et, sans beaucoup d'instance, Avec les étrangers elles font connaissance.

FINETTE

Mon zèle de ces soins ne peut se dispenser : A ce qui vous survient je dois m'intéresser, Ma maîtresse a pour vous une tendresse extrême. Et je dois l'imiter.

Votre maîtresse m'aime?

Ne le savez-vous pas ?

Je veux être pendu Si, jusqu'à ce moment, j'en ai jamais rien su.

FINETTE

Vous en avez pourtant déjà fait quelque épreuve ; Et si vous en voulez de plus solide preuve. Quand vous souhaiterez, vous serez son époux.

Je serai son époux?

FINETTE

Oui vraiment.

Qui? moi?

FINETTE

Vou*?.

Vous n'avez pas, je crois, d'autre dessein en tête.

La proposition est, ma foi, fort honnête !

[A part, à Valentin.) Voilà, sur ma parole, une agente d'amour.

VALENTIN, bas à Ménechme.

Elle en a bien la mine,

Avant votre retour, Tslille amants sont venus s'offrir à ma maîtresse ; Mais Ménechme est le seul qui flatte sa tendresse.

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