‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 30 sur 135 · SCÈNE V : ARAMINTE, LE CHEVALIER, DÉMOPHON, ISABELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE V : ARAMINTE, LE CHEVALIER, DÉMOPHON, ISABELLE

ARAMINTE, au Chevalier.

Ah ! te voilà donc, traître ! Avec quelle impudence Oses-tu dans ces lieux soutenir ma présence ! Après m'avoir traitée avec indignité.

Ne crains-tu point l'effet de mon cœur irrité?

LE CHEVALIER

Madame, je ne sais ce que vous voulez dire ; Et ce brusque discours a de quoi m'interdire. Vous me prenez ici pour un autre, je crois. Quel sujet auriez-vous de vous plaindre de moi?

ARAMINTE

Tu feins de l'ignorer, âme double et traîtresse ! Tu m'abusais, hélas ! d'une feinte tendresse : Et moi, de bonne foi, je te donnais mon cœur. Sans connaître le tien et toute sa noirceur.

LE CHEVALIER

Vous m'honorez vraiment par delà mes mérites ; Mais je ne comprends rien à tout ce que vous dites.

DÉMOPHON

Ma foi, ni moi non plus. Mais dites-moi, ma sœur, A quoi tend ce discours? Quelle bizarre humeur !

LE CHEVALIER, à Démophon.

Madame est votre sœur?

DÉMOPHON

Oui, monsieur, dont j'enrage!

De plus, ma sœur aînée, et n'en est pas plus sage.

{A Araminte.) Quel caprice nouveau, quel démon, dis-je, enfin. Vous oblige à venir, en faisant le lutin. Scandaliser ici monsieur, qui, de sa vie. Ne vous vit, ne connut, et n'en a nulle envie?

ARAMINTE

Il ne me connaît pas ! Vous êtes fou, je crois ! Depuis plus de deux ans l'ingrat vit sous mes lois ;

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