‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 42 sur 135 · I. Succéder : réussir · texte numérisé non relu

I. Succéder : réussir

VALENTIN

En attendant qu'il vienne.

Souffre que mon amour un moment t'entretienne, Et que j'ofîre mon cœur à tes charmants attraits.

FINETTE

Porte ailleurs tes présents ; ne me parle jamais. Ton maître m'a traitée avec tant d'insolence Qu'il faut sur le valet que j'en prenne vengeance M'appeler créature !

VALENTIN

Ah ! cela ne vaut rien !

Il est dur quelquefois et brutal comme un chien.

FINETTE

J'ai de ses vilains mots l'oreille encor blessée ; Et ma maltresse en est si fort scandalisée Que, rompant avec lui désormais tout à fait, Je viens lui demander et lettres et portrait.

VALENTIN

Pour les lettres, d'accord ; c'est un dépôt stérile.

Dont la garde, à mon sens, est assez inutile :

Mais pour le portrait d'or, attendu le métal.

Le cas, à mon avis, ne paraît pas égal.

Quand le besoin d'argent nous presse et nous harcelle.

Tu sais, ma pauvre enfant, qu'on troque la vaisselle.

FINETTE

Pourrait-on d'un portrait faire si peu de cas?

VALENTIN

Nous nous sommes trouvés dans de grands embarras. Mais, depuis quelque temps, un oncle, un honnête homme (A peine pouvons-nous dire comme il se nomme ^), A bien voulu descendre aux ténébreux manoirs. Pour nous mettre à notre aise et nous faire ses hoirs ' : Soixante mille écus d'argent sec et Uquide Ont mis notre fortune en un vol bien rapide,

FINETTE

Ah ! ciel ! que me dis- tu ?

I. Ce vers est copié du Misanthrope (a. 1, se. i). — 2. Hoirs : héritiers.

Page 1