I. Succéder : réussir
VALENTIN
En attendant qu'il vienne.
Souffre que mon amour un moment t'entretienne, Et que j'ofîre mon cœur à tes charmants attraits.
FINETTE
Porte ailleurs tes présents ; ne me parle jamais. Ton maître m'a traitée avec tant d'insolence Qu'il faut sur le valet que j'en prenne vengeance M'appeler créature !
VALENTIN
Ah ! cela ne vaut rien !
Il est dur quelquefois et brutal comme un chien.
FINETTE
J'ai de ses vilains mots l'oreille encor blessée ; Et ma maltresse en est si fort scandalisée Que, rompant avec lui désormais tout à fait, Je viens lui demander et lettres et portrait.
VALENTIN
Pour les lettres, d'accord ; c'est un dépôt stérile.
Dont la garde, à mon sens, est assez inutile :
Mais pour le portrait d'or, attendu le métal.
Le cas, à mon avis, ne paraît pas égal.
Quand le besoin d'argent nous presse et nous harcelle.
Tu sais, ma pauvre enfant, qu'on troque la vaisselle.
FINETTE
Pourrait-on d'un portrait faire si peu de cas?
VALENTIN
Nous nous sommes trouvés dans de grands embarras. Mais, depuis quelque temps, un oncle, un honnête homme (A peine pouvons-nous dire comme il se nomme ^), A bien voulu descendre aux ténébreux manoirs. Pour nous mettre à notre aise et nous faire ses hoirs ' : Soixante mille écus d'argent sec et Uquide Ont mis notre fortune en un vol bien rapide,
FINETTE
Ah ! ciel ! que me dis- tu ?
I. Ce vers est copié du Misanthrope (a. 1, se. i). — 2. Hoirs : héritiers.