‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 55 sur 135 · ACTE IV — GO · texte numérisé non relu

ACTE IV — GO

ISABELLE

Je ne veux rien savoir.

LE CHEVALIER

C'est bien fait.

VALENTIN, à Isabelle.

Écoutez, sans tant vous émouvoir.

ISABELLE, à Valentin.

Veux-tu que je m'expose encore à ses sottises?

VALENTIN

Mon Dieu, non. Sans sujet vous en venez aux prises. Je vais dans un moment dissiper ce soupçon : Tous deux vous avez tort, et vous avez raison.

ISABELLE

Oh! pour moi, j'ai raison; toi-même, sois-en juge.

LE CHEVALIER

Et moi, je n'ai pas tort.

Tout ce petit grabuge Entre vous excité va finir en deux mots. Monsieur vous a tantôt tenu certains propos Assez durs, dites-vous?

ISABELLE

Hors de toute créance.

LE CHEVALIER

Moi ! je vous ai...

VALENTIN, au Chevalier.

Paix donc ; point tant de pétulance.

Je ne dirai plus rien, si vous parlez toujours.

(A Isabelle.) L'homme qui vous a fait d'impertinents discours, C'est lui, sans être lui : ce n'est que son image, De taille, de façon, de nom et de visage ; Et, quoique l'un soit l'autre, ils diffèrent entre eux ; Tous les deux ne font qu'un, et cependant font deux. Ainsi, c'est l'autre lui, vêtu de ses dépouilles. Le portrait de monsieur, qui vous a chanté pouilles,

ISABELLE

De quels contes en l'air me fais-tu l'embarrcis?

LE CHEVALIER

Sans l'entendre parler ne vous emportez pas.

VALENTIN

La chose, j'en conviens, ne paraît pas trop claire : Mais sachez que monsieur en ces lieux a son frère, Frère jumeau, semblable et d'habit et de traits. Dont la langue a tantôt sur vous lancé ses traits. Vous l'avez pris pour lui ; mais, quoiqu'il soit semblable, L'autre est un faux, brutal, voici le véritable...

ISABELLE

Quelque étrange que soit ce surprenant récit. Je me plais à le croire ; il flatte mon esprit. L'amour rend ma méprise et juste et pardonnable.

LE CHEVALIER

Ce courroux à mes yeux vous rend plus adorable. Souffrez que mon transport...

(// veut lui baiser la main.)

ISABELLE

Modérez ces désirs.

LE CHEVALIER

Je me méprends aussi : transporté de plaisirs,

Je pousse un peu trop loin mes tendres entreprises.

Mais, d'une et d'autre part, oublions nos méprises.

VALENTIN, montrant la marque du chapeau du Ckevalier.

Pour ne plus vous tromper, regardez ce signal ; Il doit, dans l'embarrcis, vous servir de fanal. Mais n'allez pas tantôt, par-devant le notaire. Épouser l'un pour l'autre, et prendre le contraire : Vous apprendrez par là quel est le vrai des deux.

ISABELLE

Mon cœur me le dira bien plutôt que mes yeux.

LE CHEVALIER

Quoi qu'aujourd'hui le ciel fasse pour ma fortune. Sans ce cœur j'y renonce, et je n'en veux aucune.

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