SCÈNE PREMIÈRE : ARAMINTE, FINETTE
FINETTE
Je vous dis vrai, madame ; et je ne saurais croire Que l'on puisse trouver une âme encor si noire. Lorsque je l'ai pressé de rendre le portrait. Il a voulu me battre, et l'aurait, je crois, fait, Si son valet, plus doux, n'eût écarté l'orage. Ah ! madame, armez-vous d'un généreux courage. Poursuivez votre pointe, et faites bien valoir Les droits que la raison met en votre pouvoir. Vous avez sa promesse, il faut qu'il l'accomplisse.
ARAÎ^nNTE
Si je ne le faûs pas, que le ciel me punisse.
FINETTE
II n'est plus ici-bas de foi, de probité.
Plus de loi, plus d'honneur, plus de sincérité.
Les filles, en ce temps, si souvent attrapées.
Sur la foi des serments avaient été trompées ;
Et, voulant mettre un frein au dégoût des amants.
Se faisaient d'un écrit confirmer les serments :
Mais que leur sert d'user de cette prévoj-ance,
Si les écrits trompeurs n'ont pas plus de puissance?
Je vois bien maintenant que, dans ce siècle ingrat,
Il ne faut se fier que sur un bon contrat.
Mais c'est notre destin : toujours, tant que nous somme"
Nous serons le jouet et les dupes des hommes.
ARAMINTE
Va, j'ai bien résolu, dans mon cœur courroucé; De venger, si je puis, tout le sexe offensé.
FINETTE
Quoi donc ! il ne tiendra, pour engager le mondes
Qu'à venir étaler une perruque blonde !
Une tête éventée *, un petit freluquet,
Qui s'admire lui seul, et n'a que du caquet,
Parce qu'il a bon air et qu'on a le cœur tendre.
Impunément viendra nous plaire et nous surprendre ;
Nous fera par écrit sa déclaration,
Sans en venir après à la conclusion !
Non, c'est une noirceur qui crie au ciel vengeance.
Il faut de cet abus réprimer la licence ;
Et, quand ce ne serait que pour vous en venger.
Il faudrait l'épouser pour le faire enrager.
ARAMINTE
Mais s'il ne m'aime point, quel sera l'avantage Que me procurera ce triste mariage?
FINETTE
Est-ce donc pour s'aimer qu'on s'épouse à présent? Cela fut bon du temps du monde adolescent : Et j'en vois tous les jours qui ne font pas un crime D'épouser sans amour et même sans estime. Il faut se marier : vous êtes dans un temps Où les appas flétris s'effacent pour longtemps. Ce conseil bienfaisant que mon zèle vous donne, Je voudrais l'appliquer à ma propre personne ; Et rester vieille fille est un mal plus affreux Que tout ce que l'hymen a de plus dangereux.