ACTE F
ARAMINTE
Le hcLsard nous sert donc tous deux également. Mon frère ; car chez vous j'allais pareillement. Vous m'épargnez des pas.
DÉMOPHON
Toujours préoccupée. N'êtes-vous point, ma sœur, encore détrompée? Et ne voyez-vous pas que votre passion N'est rien qu'une chimère et pure vision? Finissez, croyez-moi ; n'allez pas davantage Traverser mes desseins, et montrez-vous plus sage,
ARAMINTE
Sans rime ni raison vous babillez toujours ; Mais vous savez quel cas je fais de vos discours. Ménechme m'appartient ; et voilà la promesse Qu'il me fit de sa main pour marquer sa tendresse.
DÉMOPHON
Mais jusqu'où va, ma sœur, votre crédulité?
ARAMINTE
Il est, vous dis-je, à moi ; je l'ai bien acheté. Entendez- vous, ma nièce ?
ISABELLE
Oui, sans doute, ma tante.
J'entends bien.
ARAMINTE
Sans mentir, vous êtes fort plaisante De vouloir m'enlever un cœur comme le sien. Et vous approprier si hardiment mon bien ! Un procédé pareil est sot et malhonnête.
ISABELLE
Qui pourrait de vos mains ravir une conquête? Quand on est une fois frappé de vos attraits. Vos yeux vous sont garants qu'on ne change jamais. Ce sont ces yeux charmants qui les volent aux autres.
ARAMINTE
Mes yeux sont, pour le moins, aussi beaux que les vôtres ; Et, lorsque nous voudrons les emploj'er tous deux, On verra qui de nous y réussira mieux.
74 — LES MÉNECHMÈS
DÉMOPHON
Oh ! je suis à la fin bien las de vous entendre.