ACTE PREMIER
LE CHEVALIER
Elle tient du prodige ; Tu ne )a croiras pas quand je te la dirai.
VALENTIN
Si VOUS ne mentez pas, monsieur, je vous croirai.
LE CHEVALIER
Je suis né, tu le sais, assez près de Péronne, D'un sang dont la valeur ne le cède à personne. Tu sais qu'ayant perdu père, mère, et parents. Et demeurant sans bien dès mes plus tendres ans. Las de passer mes jours dans le fond d'une terre. Je suivis à quinze ans le métier de la guerre. Un frère seul resta de toute la maison, Avec un oncle avare, et riche, disait-on. En différents pays j'ai brusqué la fortune, Sans que l'on ait de moi reçu nouvelle aucune ; Et je sais, par des gens qui m'en ont fait rapport, Que depuis très longtemps mon frère me croit mort
VALENTIN
Je le sais ; et, de plus, je sais que votre mère Mourut en accouchant de vous et de ce frère ; Que vous êtes jumeaux, et que votre portrait En toute sa personne est rendu trait pour trait ; Que vos airs dans les siens sont si reconnaissables Que deux gouttes de lait ne sont pas plus semblables.
LE CHEVALIER
Oui, nous nous ressemblions, mais si parfaitement Que les yeux les plus fins s'y trompaient aisément ; Et notre père même, en commençant à croître *, Nous attachait un signe afin de nous connoître.
VALENTIN
Vous m'avez dit cela déjà plus d'une fois.
Mais que fait cette histoire au trouble où je vous vois ?
LE CHEVALIER
Ce n'est pas sans raison que j'ai l'âme surprise, Valentin. A ce frère appartient la vaUse ;