ACTE PREMIER
GÉRONTE
Tu conviens que le ciel a versé dans son âme Les qualités qu'on doit chercher en une femme?
KRASTE
Je ne vois point d'objet plus digne d'aucuns vœux. Ni de fille plus propre à rendre un homme heureux.
GÉRONTE
Je m'en vais l'épouser,
ÉRASTE
Vous, mon oncle !
GÉRONTE
Moi-même.
ÉRASTE
J'en ai, je vous l'avoue, une allégresse extrême.
LISETTE
Miséricorde ! hélas ! ah ! ciel ! assiste-nous. De quelle malheureuse allez-vous être époux?
GÉRONTE
D'Isabelle, en ce jour ; et, par ce mariage.
Je lui donne, à ma mort, tout mon bien en partage.
ÉRASTE
Vous ne pouvez mieux faire, et j'en suis très content : Je voudrais, comme vous, en pouvoir faire autant.
LISETTE
Quoi ! vous, vieux et cassé, fiévreux, épileptique. Paralytique, étique, asthmatique, hydropique. Vous voulez de l'hymen allumer le flambeau, Et ne faire qu'un saut de la noce au tombeau !
Je sais ce qu'il me faut : apprenez, je vous prie. Que même ma santé veut que je me marie. Je prends une compagne, et de qui, tous les jours. Je pourrai, dans mes maux, tirer de grands secours. Que me sert-il d'avoir une avide cohorte D'héritiers, qui toujours veille et dort à ma porte ; De gens qui, furetant les clefs du cofïre-fort. Me détendront mon lit peut-être avant ma mort?
Une femme, au contraire, à son devoir fidèle, Par des soins conjugaux me marquera son zèle; Et, de son chaste amour recueillant tout le fruit. Je me verrai mourir en repos et sans bruit.
ÉRASTE
Mon oncle parle juste, et ne saurait mieux faire Que de se ménager un secours nécessaire. Une femme économe et pleine de raison Prendra seule le soin de toute la maison. GÉRONTE, l'embrassant.
Ah ! le joU garçon ! Aurais-je dû m'attendre Qu'il eût pxis cette affaire ainsi qu'on lui voit prendre?
ÉRASTE
Votre bien seul m'est cher.
GÉRONTE
Va, tu n'y perdras rien Quoi qu'il puisse arriver, je te ferai du bien. Et tu ne seras pas frustré de ton attente.