REGNARD — II
L'un est fils de mon frère, et tu sais bien son nom, Gentilhomme normand, assez gueux, ce dit-on ; Et l'autre est une veuve avec peu de richesse, La fille de ma sœur, et par ainsi ^ ma nièce. Qui jadis dans le Maine épousa, quoique vieux, Certain baron qui n'eut pour bien que ses aïeux. Je veux donc, en faveur de l'amitié sincère Qu'autrefois je portais à leur père, à leur mère, Leur laisser à chacun vingt mille écus comptant.
LISETTE
Vingt mille écus ! Le legs serait exorbitant.
Un neveu bas normand, une nièce du Maine,
Pour acheter chez eux des procès par douzaine.
Jouiront, pour plaider, d'un bien comme cela ;
Fi ! c'est trop des trois quarts pour ces deux cancres-là.
GÉRONTE
Je ne les vis jamais. Ce que je puis vous dire. C'est qu'ils se sont tous deux avisés de m'écrire Qu'ils voulaient à Paris venir dans peu de temps. Pour me voir, m' embrasser, et retourner contents. Je crois que tu n'es pas fâché que je leur laisse De quoi vivre à leur aise et soutenir noblesse.
ÉRASTE
N'êtes-vous pas, monsieur, maître de votre bien? Tout ce que vous ferez, je le trouverai bien.
LISETTE
Et moi, je trouve mal cette dernière clause. Et de tout mon pouvoir à ce legs je m'oppose. Mais vous ne songez pas que le laquais attend.
GÉRONTE
Je vais l'expédier, et reviens à l'instant.
Avez-vous oublié qu'une paralysie
S'est de votre bras droit depuis un mois saisie,
Et que vous ne sauriez écrire ni signer?
GÉRONTE
Il est vrai : mon neveu viendra m'accompagner ;
j. Par ainsi ainsi, par conséquent.