‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 85 sur 135 · REGNARD — II · texte numérisé non relu

REGNARD — II

L'un est fils de mon frère, et tu sais bien son nom, Gentilhomme normand, assez gueux, ce dit-on ; Et l'autre est une veuve avec peu de richesse, La fille de ma sœur, et par ainsi ^ ma nièce. Qui jadis dans le Maine épousa, quoique vieux, Certain baron qui n'eut pour bien que ses aïeux. Je veux donc, en faveur de l'amitié sincère Qu'autrefois je portais à leur père, à leur mère, Leur laisser à chacun vingt mille écus comptant.

LISETTE

Vingt mille écus ! Le legs serait exorbitant.

Un neveu bas normand, une nièce du Maine,

Pour acheter chez eux des procès par douzaine.

Jouiront, pour plaider, d'un bien comme cela ;

Fi ! c'est trop des trois quarts pour ces deux cancres-là.

GÉRONTE

Je ne les vis jamais. Ce que je puis vous dire. C'est qu'ils se sont tous deux avisés de m'écrire Qu'ils voulaient à Paris venir dans peu de temps. Pour me voir, m' embrasser, et retourner contents. Je crois que tu n'es pas fâché que je leur laisse De quoi vivre à leur aise et soutenir noblesse.

ÉRASTE

N'êtes-vous pas, monsieur, maître de votre bien? Tout ce que vous ferez, je le trouverai bien.

LISETTE

Et moi, je trouve mal cette dernière clause. Et de tout mon pouvoir à ce legs je m'oppose. Mais vous ne songez pas que le laquais attend.

GÉRONTE

Je vais l'expédier, et reviens à l'instant.

Avez-vous oublié qu'une paralysie

S'est de votre bras droit depuis un mois saisie,

Et que vous ne sauriez écrire ni signer?

GÉRONTE

Il est vrai : mon neveu viendra m'accompagner ;

j. Par ainsi ainsi, par conséquent.

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