SCÈNE VI : GÉRONTE. ÉRASTE, LISETTE, le laquais de Géronte
GÉRONTE
Voyez comme je prends promptement mon parti : De l'hymen tout d'un coup me voilà départi.
LISETTE
Il faut chanter, monsieur, votre nom par la ville. Voilà ce qui s'appelle une action virile,
ÉRASTE
C'était témérité, dans l'âge où vous voilà, I^Ialsain, fiévreux, goutteux, et pis que tout cela. De prendre femme, et faire, en un jour si célèbre. Du flambeau de l'hymen une torche funèbre.
GÉRONTE
Mais tu louais tantôt mon dessein et mes feux !
Tantôt vous faisiez bien, et maintenant bien mieux.
GÉRONTE
Puisque je suis tranquille, et qu'un conseil plus sage
Me guérit des vapeurs d'amour, de mariage.
Je veux mettre ordre au bien que j'ai reçu du ciel.
Et faire en ta faveur un legs universel
Par un bon testament.
ÉRASTE
Ah ! monsieur, je vous prie.
Épargnez cette idée à mon âme attendrie : Je ne puis, sans soupir, vous ouïr prononcer Le mot de testament ' ; il semble m'annoncer, Avant qu'il soit longtemps, le sort qui doit le suivre Et le malheur auquel je ne pourrai survivre : Je frémis, quand je pense à ce moment cruel.
GÉRONTE
Tant mieux ; c'est un effet de ton bon naturel. Je veux donc te nommer mon légataire unique. J'ai deux parents encor pour qui le sang s'explique :