SCÈNE VIII : CRISPIN, LISETTE
LISETTE
Ah I te voilà, Crispin, eh 1 d'où diantre viens-tu ?
CRISPIN
Ma foi, pour te servir j'ai diablement couru ;
Ces notaires sont gens d'approche difficile.
L'un n'était pas chez lui, l'autre était par la ville.
Je les ai déterrés où l'on m'avait instruit.
Dans un jardin, à table, en un petit réduit,
Avec dames qui m'ont paru de bonne mine.
Je crois qu'ils passaient là quelque acte à la sourdine.
Mais dans une heure au plus ils seront ici.
LISETTE
Bon.
Sais-tu pourquoi Géronte ici les mandait ?
CRISPIN
Non.
LISETTE
Pour faire son contrat de mariage.
CRISPIN
Oh I diable !
A son âge, il voudrait nous faire un tour semblable !
LISETTE
Pour Isabelle, un trait décoché par l'Amour Avait, ma foi, percé son pauvre cœur à jour ;
1. Cf. Racine Ma fortime va prendre une face nouvelle (Andromaque, a. I. se. i).
Et, frustrant des neveux l'espérance uniforme. Lui-même il voulait faire un héritier en forme. Mais le ciel, par bonheur, en ordonne autrement ; Il pense maintenant à faire un testament. Où ton maître sera nommé son légataire.
Pour lui, comme pour nous, il ne pouvait mieuK faire. La nouvelle est trop bonne ; il faut qu'en sa faveur Je t'embrasse et rembrasse, et, ma foi, de bon cœur ; Et qu'un épanchement de joie et de tendresse. En te congratulant... L'amour qui m'intéresse... La nouvelle est charmante et vaut seule un trésor. Il faut, ma chère enfant, que je t'embrasse encor.
LISETTE
Dans tes emportements sois sage et plus modeste.
CRISPIN
Excuse si la joie emporte un peu le geste.
LISETTE
Mais comme en ce bas monde il n'est nuls biens parfaits. Et que tout ne va pas au gré de nos souhaits, Il met au testament une fâcheuse clause.
CRisrix Et dis-moi, mon enfant, quelle est-elle?
LISETTE
Il dispose De son argent comptant quarante mille écus Pour deux parents lointains, et qu'il n'a jamais vus.
CRISPIN
Quarante mille écus d'argent sec et liquide !
De la succession voilà le plus solide.
C'est de l'argent comptant dont je fais plus de cas.
^'ous en aurez menti, cela ne sera pas.
C'est moi qui vous le dis, mon cher monsieur Géronte ;
Vous avez fait sans moi trop vite votre compte.
Et qui sont ces parents?
LISETTE
L'un est un bas Normand, Gentilhomme, natif d'entre Falaise et Caen ;