‹ Théatre choisi de RegnardChapitre 88 sur 135 · ACTE II — m · texte numérisé non relu

ACTE II — m

L'autre est une baronne, et veuve sans douaire, Qui dans le Maine fait sa demeure ordinaire, Plaideuse s'il en fût, comme on m'a dit souvent. Qui de vingt-cinq procès en perd trente par an.

CRISPIN

C'est tirer du métier toute la quintessence. Puisque pour les procès elle a si bonne chance. Il faut lui faire perdre encore celui-ci.

LISETTE

L'un et l'autre bientôt arriveront ici.

Il faut, mon cher Crispin, tirer de ta cervelle. Comme d'un arsenal, quelque ruse nouvelle Qui déporte ' Géronte à leur faire ce legs.

CRISPIN

A-t-il vu quelquefois ces deux parents?

LISETTE

Jamais.

Il a su seulement, par une lettre écrite. Qu'ils viendraient à Paris pour lui rendre visite.

CRISPIN

Mon visage chez vous n'est-il point trop connu?

Géronte, tu le sais, ne t'a presque point vu : Et, pour te dire vrai, je suis persuadée Qu'il n'a de ta figure encore nulle idée.

CRISPIN

Bon. Mon maître sait-il ce dangereux projet. L'intention de l'oncle, et le tort qu'on lui fait?

LISETTE

Il ne le sait que trop : dans son cœur il enrage. Et voudrait que quelqu'un détournât cet orage.

CRISPIN

Je serai ce quelqu'un, je te le promets bien. De la succession les parents n'auront rien ;

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