ACTE III
Mon père se fâcha de cette diligence ;
Mais un ami sensé lui dit, en confidence,
Qu'il est vrai que ma mère, en faisant ses enfants.
N'observait pas encore assez l'ordre des temps ;
Mais qu'aux femmes l'erreur n'était pas inouïe.
Et qu'elle ne manquait qu'à la chronologie.
GÉRONTE
A la chronologie !
LISETTE
Une femme, en effet, Ne peut pas calculer comme un homme aurait fait.
CRTSPIN
Or donc cette femelle, à concevoir si prompte. Qu'à tout considérer quelquefois j'en ai honte. En me mettant au jour, soit disgrâce ou faveur. M'a fait votre neveu, puisqu'elle est votre sœur.
GÉRONTE
Apprenez, mon neveu, si par hasard vous l'êtes. Que vous êtes un sot, aux discours que vous faites, ^la sœur fut sage : et nul ne peut lui reprocher Que jamais sur l'honneur on l'ait pu voir broncher.
CRISPIN
Je le crois : cependant, tant qu'elle fut vivante.
On tient que sa vertu fut un peu chancelante.
Quoi qu'il en soit enfin, légitime ou bâtard.
Soit qu'on m'ait mis au monde ou trop tôt ou trop tard,
Je suis votre neveu, quoi qu'en dise l'envie ;
De plus, votre héritier, venant de Normandie
Exprès pour recueillir votre succession.
GÉRONTE
C'est bien fait ; et je loue assez l'intention. Quand vous en allez- vous?
CRISPIN
Voudriez- vous me suivre?
Cela dépend du temps que vous avez à vivre. Mon oncle, soyez sûr que je ne partirai Qu'après vous avoir vu, bien cloué, bien muré. Dans quatre ais de sapin reposer à votre aise.
LISETTE, bas à Gérottte.
Vous avez un neveu, monsieur, ne vous déplaise. Qui dit ses sentiments en pleine liberté.
GÉRONTE, bas à Lisette.
A te dire le vrai, j'en suis épouvanté,
CRISPIN
Je suis persuadé, de l'humeur dont vous êtes. Que la succession sera des plus complètes, Que je vais manier de l'or à pleine main; Car vous êtes, dit-on, un avare, un vilain. Je sais que, pour un sou, d'une ardeur héroïque Vous vous feriez fesser dans la place publique. Vous avez, dit-on même, acquis, en plus d'un lieu. Le titre d'usurier et de fesse-mathieu.
GÉRONTE
Savez-vous, mon neveu, qui tenez ce langage. Que, si de mes deux bras j'avais encor l'usage, Je vous ferais sortir par la fenêtre?
CRISPIN
Moi?
GÉRONTE
Oui, vous : et, dans l'instant, sortez !
CRISPIN
Ah ! par ma foi.
Je vous trouve plaisant de parler de la sorte ! C'est à vous de sortir, et de passer la porte. La maison m'appartient * : ce que je puis souffrir. C'est de vous y laisser encor vivre et mourir,
LISETTE
Âh ! ciel ! quel garnement !
GÉRONTE, bas.
Où suis-je?
CRISPIN
Allons, m'amie.
Au bel appartement mène-moi, je te prie. Est-il voisin du tien? Je te trouve à mon gré ;