SCÈNE III MARIONNETTE, IDIOT
Il a une échelle à la main, il la place près de la fenêtre. MARIONNETTE, ouvrant.
A la fin vous voilà. Le diable vous emporte ! Pourquoi venir si tard ?
IDIOT
J'étais près de la porte ; Je n'osais pas entrer.
MARIONNETTE, à part.
Je m'en étais douté.
Il est, sur mon honneur, trop bête, en vérité, Et je ne sais pourquoi j'aime cet automate.
IDIOT
Oh ! je vous aime tant.
MARIONNETTE
Ce sentiment me flatte.
Mais, est-ce pour cela que vous restiez en bas?
Je me disais, avant que d'achever ce pas...
242 MARIONNETTE
MARIONNETTE
Vous acheviez un pas ? Vous dansiez sur la porte?
IDIOT
Mais, non. Je me disais, tant ma crainte était forte, Je me disais : là-haut en montant au premier, Et la seconde porte en tournant l'escalier, Est un angcvenu de la voûte éternelle, Une quasi-Sylphide, un Séraphin femelle.
MARIONNETTE
Ah ! c'est trop me flatter. J'ai bien quelques appas. Mais...
IDIOT, vivement.
Laissez-moi finir, ne m'interrompez pas... Oserai-je approcher de cet objet céleste ! Moi, qui suis un maudit, et de plus un funeste.
MARIONNETTE
Vous êtes un funeste ?
IDIOT
Oui, certes, j'en suis un ; C'est assez malheureux.
MARIONNETTE
Le mot n'est pas commun; Pourtant l'expression me semble hasardée.
Je méprise le mot, je ne tiens qu'à l'idée.
Pourrai-je, me disais-je, affronter son regard ?
Moi, que suis-je auprès d'elle? un crapaud, un lézard.
Non, sur le seuil du temple on adore la vierge.
Et j'étais sur le point de faire achat d'un cierge,
Et puis, de le tenir sur la porte allumé :
Par malheur l'épicier étail déjà fermé.
M UtlONNKTTK.
Cette dévotion, bien qu'elle soil courtoise, Eût fait pire aux éclats la ville de Pontoise.
MARIONNETTE. 243
IDIOT
Comment donc vous prouver mon tendre dévoûment ! Parlez, Marionnette ! Ah! parlez promptemcnt. Que de vos doux accents mon âme soit ravie ! Puis, je vous conterai l'histoire de ma vie. Voulez-vous ?
MARIONNETTE
Seyez-vous.
IDIOT, naïvement.
Oui, quelquefois, du nez.
MARIONNETTE
Je vous dis de vous seoir. Seyez-vous.
Pardonnez !
J'entendais, saignez-vous ?
MARIONNETTE
Oui, le mot est gothique; Mais vous n'entendez rien au style dramatique. Eh bien ! asseyez-vous. Aimez-vous mieux cela?
IDIOT
Oui, je le comprends mieux.
MARIONNETTE
Soit. Asseyez-vous là ; Et puis vous me ferez, puisque c'est votre envie, Le récit ennuyeux de toute votre vie ; Et si je m'endormais (ce que je ne crois pas), Alors, pour m'éveiller, tapez-moi sur le bras. Vous m'entendez?
IDIOT
Très-bien. Ainsi donc je commence :
Mon nom est Idiot...
MARIONNETTE
Je le savais d'avance ; Après, en avez-vous un autre ?