‹ Théâtre choisiChapitre 110 sur 206 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LES mêmes, CUIRVERNI, arrivant par la fenêtre, une échelle

à la main.

Je suis aveugle.

Voilà, sur mon honneur, un grand désagrément Qui m'arrive.

MARIONNETTE

Ah! grand Dieu! c'est Cuirverni.

IDIOT

Gomment,

Vous n'y voyez pas?

CUIRVERNI.

Non, car de cette fenêtre, En regardant ce lieu je devrais reconnaître

La chambre que je viens de quitter à l'instant ; Eh bien? pas du tout.

MARIONNETTE

Ah ! le tour est étonnant.

CUIRVERNI.

je ne reconnais rien, ni lé lit, ni la table, Ni le fauteuil.

IDIOT

C'est drôle.

MARIONNETTE

El bien inconcevable.

CUIRVERNI.

Or, de cel incident, forcémenl je conclus,

MARIONNETTE. 253

Que je suis des deux yeux, pour le moment, perclus. Mais je n'ignore pas que je vous dois la vie. Dites-moi votre nom, que je vous remercie.

IDIOT

Idiot.

CUIRVERNI.

Des idiots?... mais on en voit partout. Idiot!... idiot de quoi?

IDIOT

Idiot de rien du tout.

CUIRVERNI.

Mille remercîments... Ainsi, Marionnette, Car je vous reconnais, vous, le tour est honnête. C'est donc lui? J'ai de vous un sentiment trop haut, Pour vous dissimuler qu'il a l'air d'un nigaud.

IDIOT, à part.

Eh ! mais il la regarde a\;ec impertinence, Tournant l'œil de côté comme un chien de faïence. Troublons leur entretien...

Il donne un coup de poing sur la chandelle. CUIRVERNI.

Le plaisant éteignoir!

IDIOT, à part.

Dieu !... j'ai taché de suif mon unique habit noir! Je suis vexé.

Mon cher, dites-moi sans mystère Pourquoi vous éteignez ainsi cette lumière. Franchement, il n'est pas digne d'un chevalier D'attaquer en duel un pauvre chandelier.

IDIOT

Un vulgaire éteignoir est un moyen classique, Je tiens le coup de poing pour bien plus romantique ; Quand il est appliqué sur un flambeau surtout, C'est absolument neuf.

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