SCENE V
LES MÊMES, IDIOT, marchant les bras croisés, RABATJOIE. IDIOT, d'une voix sourde.
Je voudrais me bûcher.
CUIRVERNI.
Que dit-il donc tout bas?
IDIOT, de même.
Je voudrais me bûcher.
L'INUTILE, à Bouchetrou.
Comment?
BOUCHETROU.
Je n'entends pas.
IDIOT
Je voudrais me bûcher... me battre avec furie... Comme un ours échappé de la ménagerie.
BOUCHETROU, à part.
Sans doute il ne sait pas l'arrêt du Sous-Préfet.
IDIOT, à part.
Quel singulier effet ce Cuirverni m'a fait!
Il a du coin de l'œil regardé ma maîtresse;
Je ne sais pas s'il louche, ou si c'est par tendresse ;
Mais je veux, puisqu'enfm je m'en suis aperçu,
Lui donner une pile à le rendre bossu.
26G MARIONNETTE
BOUCHETROU.
Écoute, Cuirverni.
IDIOT, se retournant.
Grand Dieu! c'est lui qu'on nomme!
Ah! quel événement! oui, c'est lui, c'est mon homme. Dites-moi, Cuirverni... me remettez-vous?
CUIRVERNI.
Non...
IDIOT, à part.
Ah, çà ! mais il est donc plus bête qu'un ànon! Comment? lorsque tous deux, pendant la nuit dernière, Nous causâmes ensemble au moins une heure entière...
A Cuirverni.
Vous êtes donc myope?
EUIR VERNI.
Il paraît.
IDIOT
Çà, mon cher, C'est la seconde fois, je crois, depuis hier?
CUIRVERNI.
Oui.
IDIOT
Pour légitimer d'un coup ces deux articles, Que vous coûterait-il de mettre des besicle>?
CUIRVERNI.
Ça coûterait neuf francs.
IDIOT, à part.
Je voudrais Péreinter,
Et je ne sais comment le lui manifester.
CUIRVERNI.
Ami, puisqu'en bons yeux vous ôtes le plus riche, Vous allez à l'instant me lire celle affiche.
IDIOT, à put.
Oh! l'excellent prétexte à pouvoir me fâcher 1
CUIR VI- RM.
Allons, lis-moi l'affiche.
MAMONNKTTE. 207
IDIOT
Allez donc vous coucher...
Me prenez-vous ici pour votre domestique ? Insolent!... malotru!... ganache romantique!...
CUIRVERXI, d'un ton impérieux.
Veux-tu lire l'affiche?... et bien vite, en deux temps...
IDIOT, en colère.
J'aimerais mieux gratter la terre avec mes dents. Que de me conformer aux ordres d'un tel drôle; Je veux... #
11 marche çà et là d'un air inquiet.
CUIRVERNI.
Que cherchez-vous?
IDIOT, marchant toujours.
Mais je cherche une gaule.
Criant.
L'n bâton!... un bâton!...