ACTE IV, SCÈNE II. îSt
veulent battre pour un madrigal? Et la bonne foi de ces deux pauvres abusées, et la folie de notre baronne, ne vous font point pâmer de rire ?
MADAME PATIN^ à LisettC,
Je crève, et je ne sais si je me dois fâcher ou non.
LISETTE
Eh ! merci de ma vie ! pouvez-vous faire mieux, en vous fâchant contre un petit fourbe comme celui-là?
Vous ne riez point, Madame ?
CRISPIN
Tu ne ris point, Lisette ?
LE CHEVALIER
Je le vois bien. Madame, il vous fâche que des vers faits pour vous soient dans les mains de tout le monde. Je suis un indiscret, je l'avoue, de les avoir rendus publics ; je vous demande à genoux mille pardons de cette faute, Madame ; et je vous jure que l'air que j'ai fait sur ces malheureux vers n aura pas la même destinée , et que vous serez la seule qui l'entendrez.
MADAME PATIN
Vous avez fait un air sur ces paroles, Monsieur?
LE CHEVALIER
Oui, Madame, et je vous conjure de l'écouter; il est tout plein d'une tendresse que mon cœur ne sent que pour vous ; et je jugerai bien, par le plaisir que vous aurez à l'entendre, des sentiments où vous êtes à présent pour moi.
LISETTE
Le double chien la va tromper en musique.
LE CHEVALIER, apvès wooiv chauté tout Vair, dont il répète quelques endroits,
Avez-vous remarqué. Madame, l'agrément de ce petit passage ? {Il chante,) Sentez-vous bien toute la tendresse qu'il y a dans celui-ci? (Il chante,) Ne m'avouerez-vous pas que celui-là est bien passionné? {Il chante encore.) Vous ne dites rien. Ah ! Madame, vous ne m'aimez plus, puisque vous
êtes insensible au chromatique dont cet air est tout rempli.
MADAME PATIN
Ah! méchant petit homme, à quel chagrin m'ayez-vous exposée !
LE CHEVALIER
Gomment donc, Madame ?
MADAME PATIN
J'étais une des actrices de cette scène que vous trouvez si plaisante.
LE CHEVALIER
Vous, Madame?
MADAME PATIN
Moi-même, et c'est en cet endroit qu'elle s'est passée entre la petite grisette, la baronne et moi.
LE CHEVALIER
Ah ! pour le coup, il y a pour en mourir. Madame. Oui, je sens bien que pour m'achever, vous n'avez qu'à me dire que vous me haïssez autant que je le mérite. Faites-le, Madame, je vous en .
conjure, et donnez-moi le plaisir de vous con- ^ |
vaincre que je vous aime, en expirant de douleur de vous avoir offensée.
MADAME PATIN
Levez-vous, levez-vous, Monsieur le chevalier.
La pauvre femme !
LE CHEVALIER
Ah ! Madame, que je mérite peu...
MADAME PATIN
Ah ! petit cruel, à quelle extrémité avez-vous pensé porter mon dépit ! Savez-vous bien, ingrat, qu'il ne s'en faut presque rien que je ne sois la femme de Monsieur Migaud ?
LE CHEVALIER
Si cela est. Madame, j'irai déchirer sa robe entre les bras même de la justice, et je me ferai la plus sanglante affaire...