‹ Théatre choisiChapitre 138 sur 496 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

MADAME PATIN, à LtSettC.

Écoutons ce qu'il veut dire, il ne m'en fera plus si facilement accroire. [Au clievalier,) Eh bien, Monsieur, vous êtes bien content de voir ainsi courir vos ouvrages ?

N'en êtes-vous pas ravie, Madame? Car enfin, puisqu'ils sont pour vous, cela vous fait plus d'honneur qu'à moi-même.

MADAME PATIN

Ah ! scélérat !

LE CHEVALIER

Notre baronne, au reste, n'a pas peu contribué à les mettre en vogue. Têtebleu! Madame, que c'est une incommode parente que cette baronne, et (ju'elle me vend cher les espérances de sa succession !

LISETTE, bas à Madame Patin.

Le fripon I la baronne est sa parente comme je \ la suis du grand Mogol.

MADAME PATIN

Écoutons jusqu'à la fin.

LE CHEVALIER

Vous ne sauriez croire jusqu'où vont les folles visions de cette vieille, et les folies q^u'elle ferait dans le monde, pour peu que mes manières répondissent aux siennes.

CRispiN, bas.

Cet homme-là vaut son pesant d'or.

LE CHEVALIER

J'ai passé chez elle pour lui parler de quelque argent qu'elle m'a prêté, et que je lui veux rendre, s'il vous plaît, Madame, pour en être débarrassé tout à fait.

Le royal fourbe I

LE CHEVALIER

Je lui ai dit vos vers par manière de conversation : elle les a trouvés admirables. Elle me les a fait répéter jusqu'à trois fois, et j'ai été tout

étonné que la vieille surannée les savait par cœur. Elle est sortie tout aussitôt, et s'en est allée apparemment de maison en maison, chez toutes ses amies, faire parade de ces vers, et dire que je les avais faits pour elle.

MADAME PATIN

S'il disait vrai, Lisette ?

LISETTE

Que vous êtes bonne, Madame ! Eh, jarnonce ! quand il dirait vrai pour la baronne, comment se tirerait-il d'affaire pour votre nièce ?

CRISPIN

Oh ! patience ; s'il demeure court, je veux qu'on me pende.

LE CHEVALIER

Mais voici bien le plus plaisant, Madame. J'ai passé aux Tuileries, où j'ai rencontré cinq ou six oeaux esprits. Oui, Madame, cinq ou six, et il ne faut point que cela vous étonne. Nous vivons dans un siècle où les beaux esprits sont tout à fait communs, au moins.

MADAME PATIN

Eh bien, Monsieur?

Eh bien ! Madame, ils m'ont conté que le marquis des Guérets avait donné les vers en question à une petite grisette ; que l'abbé du Terrier les avait envoyés à une de ses amies ; que le chevalier Richard s'en était fait honneur pour sa maîtresse, et que deux de ces pauvres femmes s'étaient, malheureusement pour elles, trouvées avec la baronne, où il s'était passé une scène des plus divertissantes.

MADAME PATIN

Ce sont de bons sots. Monsieur, que vos beau s esprits, de plaisanter de cette aventure-là.

LISETTE

Bon ! elle prend la chose comme il faut.

LE CHEVALIER

Comment, Madame? Vous n'entrez donc point dans le ridicule de ces trois femmes , qui se

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