ACTE V, SCÈNE VI. n
LUCILE
Quoi, ma tante...
MADAME PATIN
Oui, mon enfant, voilà Toncle que je voulais vous donner.
LUCILE
Ah ! perfide !
CRISPIN
Monsieur, encore une fois, sortons.
LE CHEVALIER
Tais-toi.
CRISPIN
Oh ! parbleu^ je voudrais bien, pour la rareté du^ fait, qu il se tirât d'intrigue.
LUCILE
Que vous avais-je fait, Monsieur, pour me vouloir tromper si cruellement ?
MADAME PATIN
Pourquoi nous choisissais-tu l'une et Tautre pour IJobjet de tes perfidies ?
LUCILE
Répondez, Monsieur, répondez.
MADAME PATIN
Parle, parle, perfide.
LE CHEVALIER
Eh ! que diantre voulez-vous que je vous dise, Mesdsunes? Quand je me donnerais à tous les diables, pourrais-je vous persuader que ce que vous voyez n'est pas? Mais, à prendre les choses au pied de la lettre, suis-je si coupable que vous vous l'imaginez, et est-ce ma faute si nous nous rencontrons tous les trois ici ?
MADAME PATIN
Tu crois tourner cette affaire en plfidsanterie ?
LE CHEVALIER
Je ne plaisante points Madame, le diable m'emporte, et je vous parle de mon plus grand sérieux. Pouvais-je deviner que vous êtes la tante de Mademoiselle, et que Mademoiselle est votre nièce ?
CRISPIN
Diable ! si nous avions su cela, nous aurions pris d'autres mesures.
Si vous ne vous étiez point connues, vous ne vous seriez point fait de confidence l'une à l'autre, et nous n'aurions point à présent l'éclaircissement qui vous met si fort en colère.
LUaLE.
Eh ! seriez-vous pour cela moins coupable ? En serions-nous moins trompées? et pouvez-vous jamais vous laver d'un procédé si malhonnête ?
LE CHEVALIER
Mettez-vous à ma place, de crâce, et voyez si j'ai tort. J'ai de la qualité, de l'ambition, et peu de bien. Une veuve des plus aimables, et qui m'aime tendrement, me tend les bras. Irai-je faire le héros de roman, et refuserai-je quarante mille livres de rente qu'elle me jette à la tête ?
MADAME PATIN
Eh ! pourquoi donc, perAde, puisque tu trouves avec moi tous ces avantages, deviens-tu amoureux de ma nièce ?
LE CHEVALIER
Ohl pour cela. Madame, regardez-la bien. Sa vue vous en dira plus je ne pourrais vous en dire.
CRISPIN
Je commence à croire qu'il en sortira à son honneur ; quand les dames querellent longtemps, elle» ont envie de se raccommoder.
LE CHEVALIER
Je trouve en mon chemin une jeune personne, toute des pins belles et des mieux faites. Je ne lui suis pas indifférent. Peul-on être insensible. Madame, et se trouve-t-il des cœurs dans le monde qui puissent résister à tant de charmes ?
CRISPIN
11 aura raison, à la fin.
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