‹ Théatre choisiChapitre 185 sur 496 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

ANGÉLIQUE, LISETTE, MERLIN

MERLIN

Est-elle partie?

LISETTE

Oui.

MERLIN

îl me semble que pour un ivrogne, je me suis assez bien tiré d'affaire ?

ANGÉLIQUE

Pourquoi donc affecter de le paraître ? Tu m*as d'abord fort embarrassée.

MERLIN

Pourquoi, Madame? C'est une petite fantaisie qui m'a pris en venant ici ; j'ai plus d'un rôle à jouer dans cette comédie, et l'air et le ton d'un ivrogne déguisent parfaitement un visage.

ANGÉLIQUE

Où est Éraste ?

MERLIN

Où VOUS l'avez laissé, chez Monsieur de Bonnefoy ; ils m'attendent, avec les trois cents pistoles.

LISETTE

Sans cela, il n'y aurait donc rien à faire ?

MERLIN

Non, mon enfant : point d'argent, point de notaire, c'est la coutume de Paris.

ANGÉLIQUE

Ce commencement n'est pas malheureux.

MERLIN

La marquise de la Tribaudière attend que le chevalier de Pharnabasac soit sorti, pour venir prendre sa place. Nous ferons faire du chemin à Madame Arganle en peu de temps.

J'appréhende qu'elle ne se rebute.

MERLIN

Ne le craignez point, j'ai de la pratique, et je connais les femmes. Une jeune personne se résout sans peine à perdre un amant, dans l'espoir d'en faire aisément un autre ; mais une vieille amoureuse craint de lâcher prise : ce serait passer pour n'y plus revenir.

LISETTE

La belle morale !

MERLIN

Elle est bien vraie, songez donc...

LISETTE

Songe toi-même à reprendre ton sangfroid. Voici Madame.

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