LISETTE, MARIANNE
MARIANNE
Que me veut dire ma belle-sœur, Lisette? On m'a dit qu'elle me demande.
LISETTE
Elle vient de sortir, et apparemment, elle ne voulait rien de fort pressé.
MARIAxNNE.
Je venais lui donner le bonjour, et je retourne dans ma chambre.
LISETTE
Eh ! non, non, je vous veux quelque chose, moi ! et Madame n'avait rien de si intéressant à vous dire.
MARIANNE
Dépêche-toi donc : tu sais bien que mon père ne veut pas que je te parle, et qu'il dit que tu me gâtes ?
LISETTE
Moi ! je vous gâte ? Il est bien injuste de vous donner ces mauvaises impressions.
MARIANNE
Oh ! ne te fâche point, je ne le crois pas, mais ses remontrances perpétuelles me chagrinent terriblement.
LISETTE
Eh ! quelles remontrances peut-il faire ?
MARIANNE
Je ne sais ; je ne les mérite point ; je ne les écoule pas le plus souvent, et quand il a bien longtemps parlé, il me semble que je n*ai entendu que du bruit.
Ah! puisque vous prenez si bien les choses, vous n'êtes pas si fort à plaindre !
MARIANNE
Je ne suis pas à plaindre ! Est-il agréable, à mon âge, de vivre éternellement dans la soHtude ? Je n ai, pour toute compagnie, que des maîtres qui ne m'apprennent que des choses inutiles, la musique, la fable, l'histoire, la géographie ; cela n'est-il pas bien divertissant ?
LISETTE
Cela vous donne de l'esprit.
MARIANNE
N'en ai-je pas assez? Ma belle-mère ne sait point toutes ces choses, et elle vit heureuse.