ACTE II, SCENE IX
MONSIEDR SIMON.
Des affaires pressantes î Oh ! si elle ne change ses manières...
LISETTE
Eh! pourquoi les changer, puisqu'elle s'en trouve bien? Elle n'en fera rien, Monsieur, je vous assure.
MONSIEUR SIMON
Elle s'en trouve bien ? mais, je n'en suis pas content, moi.
LISETTE
C'est que vous êtes furieusement difficile ; car enfin, qu'y a-t-il donc de si extraordinaire dans sa conduite ?
MONSIEUR SIMON
Ce qu'il y a d'extraordinaire ?
LISETTE
Une femme qui ne fait pas le moindre embarras dans votre maison !
MONSIEUR SIMON
• Elle n'y vient que pour dormir !
LISETTE
L'entendez-vous jamais quereller ?
MONSIEUR SIMON
Comment l'entendrais-je ? Je suis quelquefois quinze jours sans la voir !
LISETTE
La grande merveille ! vous dormez quand elle revient ; vous voulez la voir quand elle dort, ou vous êtes sorti quand elle s'éveille : le moyen de vous rencontrer î
MONSIEUR SIMON
Et c'est cela dont je me plains. Au lieu de prendre le soin de son ménage...
LISETTE
De son ménage. Monsieur ? Est-ce que vous voudriez qu'elle s'abaissât à ces sortes de bagatelles, et est-ce pour cela que l'on prend aujourd'hui des femmes ?
MONSIBUH SIMON.
Assurément.
LISETTE
Bon!
MONSIEUR SIMON
Comment bon ?
LISETTE
Eh ! G, Monsieur ! vous êtes notaire, et vous ne savez pas la coutume de Paris.
MONSIEUR SIMON
Mais, qu'elle demeure au moins dans sa maison ; qu'elle y reçoive compagnie ; qu'elle voie... Araminte, par exemple, c est une femme raisonnable que celle-là !
LISETTE
Assurément.
MONSIEUR SIMON
Je ne lui demande autre chose que de demeurer chez elle.
LISETTE
Mais vraiment, il n'y a rien de plus raisonnable, il faudra bien qu'elle le fasse ; allons, tâchez de la persuader.
Je n'en viendrai point à bout si je ne querelle.
LISETTE
Eh bien ! il y a longtemps que vous n'avez querellé, à ce qu'il me semble ?
MONSIEUR SIMON
Depuis l'affaire du diamant...
LISETTE
Depuis le diamant? il y a un siècle !
MONSIEUR SIMON
Aussi, je crève, et l'on ne sait pas tout ce que je souffre.
LISETTE
Oh ! querellez. Monsieur , querellez, cela vous soulagera : dès qu'elle sera venue, j'aurai soin de vous faire avertir.